Le chef de la junte malienne officialise un maintien au sommet de l’État sans élection, jusqu’en 2030 et au-delà.
Le général Assimi Goïta vient d’inscrire noir sur blanc ce que beaucoup redoutaient : la fin pure et simple de la transition démocratique au Mali. En signant mardi une loi adoptée par un organe législatif acquis à la junte, le président de transition s’octroie un mandat présidentiel de cinq ans, renouvelable indéfiniment — sans passer par les urnes.
Cette décision, rendue publique jeudi, entérine la concentration du pouvoir entre les mains de l’homme fort de Bamako. Elle balaie d’un revers de plume l’engagement initial pris en 2021 par les militaires : celui de rendre le pouvoir à des civils élus d’ici mars 2024.
Un processus verrouillé de bout en bout
Le nouveau cadre légal est le fruit d’un processus largement décrié. Une consultation nationale menée début 2025, boycottée par la majorité des forces politiques et orchestrée par les autorités de transition elles-mêmes, avait préconisé un mandat présidentiel renouvelable sans restriction. C’est sur cette base que le Conseil national de transition (CNT), composé de membres nommés par la junte, a adopté la loi ouvrant la voie à une présidence Goïta sans limite.
Dans ce Mali placé sous régime militaire depuis le coup d’État de mai 2021, l’érosion des contre-pouvoirs institutionnels s’est accélérée. En étouffant toute perspective électorale crédible, le général Goïta verrouille le paysage politique et institutionnel malien.
De la lutte contre les jihadistes à la confiscation du pouvoir
Lorsqu’il a pris les rênes du pays, Assimi Goïta avait promis un retour à l’ordre constitutionnel après une période transitoire consacrée à la sécurité nationale, notamment la lutte contre les groupes jihadistes. Mais cette promesse s’est peu à peu dissoute, au rythme d’une gouvernance militarisée, marquée par le recul des libertés, le contrôle des médias et l’absence de dialogue politique.
Ce virage autoritaire risque d’isoler davantage le Mali sur la scène régionale et internationale. Déjà sous sanctions à plusieurs reprises par la CEDEAO, le pays se dirige vers une normalisation du régime militaire, dans un climat de résignation politique.
Avec cette loi, Assimi Goïta envoie un message clair : la transition est terminée, mais elle n’a pas mené à la démocratie. Elle a simplement changé de nom pour devenir un pouvoir sans échéance.
La Rédaction

