L’Assurance maladie universelle étend son maillage physique dans la capitale et sa périphérie, alors même qu’une part croissante de ses démarches bascule vers le numérique. Derrière l’ouverture de nouveaux bureaux conjoints de la CNSS et de l’INAM se dessine un enjeu plus décisif : éviter que la distance, la complexité administrative ou la maîtrise inégale des services en ligne ne deviennent elles-mêmes des obstacles à l’accès aux soins.
Pour une assurance maladie, être couvert sur le papier ne suffit pas toujours. Entre l’affiliation et le soin peuvent s’intercaler une demande d’information, une autorisation à obtenir, un dossier à régulariser ou une difficulté à comprendre la procédure applicable. Lorsque ces démarches imposent de longs déplacements, l’administration finit par ajouter une contrainte au parcours de santé.
C’est précisément cette distance que l’AMU cherche à réduire. De nouveaux points d’accueil sont désormais accessibles à Lomé et dans sa banlieue. Ils réunissent dans un même espace les services de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de l’Institut national d’assurance maladie (INAM), les deux organismes auxquels a été confiée la gestion du dispositif.
Quand la proximité administrative facilite le parcours de soins
L’intérêt de ces guichets apparaît particulièrement dans les démarches qui nécessitent encore une interaction directe. Les assurés peuvent y obtenir des renseignements, suivre certaines procédures ou accomplir les formalités liées à une entente préalable requise pour certains soins.
Cette présence peut également compter pour les personnes atteintes de maladies chroniques, dont le parcours implique des soins réguliers et, par conséquent, des échanges plus fréquents avec l’organisme gestionnaire. Dans ces situations, réduire le temps consacré aux formalités revient aussi à fluidifier la continuité de la prise en charge.
Le mouvement ne concerne pas uniquement le Grand Lomé. Des bureaux fonctionnent déjà à Kara, Sokodé, Dapaong, Aného et Sotouboua. Cette implantation territoriale accompagne progressivement une assurance appelée à couvrir des catégories professionnelles et sociales de plus en plus diverses.
Depuis le lancement opérationnel de l’AMU en janvier 2024, son périmètre s’est en effet élargi. L’INAM prend en charge le secteur public et assimilé, tandis que la CNSS gère notamment les salariés du privé et les travailleurs non-salariés, dont l’intégration au dispositif a commencé en octobre 2025.
Le numérique ne fait pas disparaître le besoin de guichets
Cette territorialisation intervient parallèlement à une transformation numérique des services. Après les évolutions engagées par la CNSS, l’INAM a lancé en avril 2026 une plateforme en ligne ainsi qu’une carte à puce sécurisée. Immatriculation et suivi de certaines démarches peuvent désormais être effectués à distance.
Loin de rendre les bureaux physiques inutiles, cette évolution souligne leur nouvelle fonction. Le numérique peut accélérer les procédures les plus courantes ; le guichet reste utile lorsqu’un dossier exige une explication, une correction ou un accompagnement individualisé. Les deux canaux deviennent ainsi complémentaires plutôt que concurrents.
Cette complémentarité est particulièrement importante pour une assurance qui repose sur le tiers payant. Le principe doit permettre à l’assuré de ne pas supporter seul, au moment du soin, la totalité des dépenses couvertes selon les modalités prévues. Mais son efficacité dépend aussi de la fluidité de toute la chaîne administrative reliant assuré, organisme gestionnaire et prestataire de santé.
Le défi du dernier kilomètre
Pour l’AMU, l’ouverture de bureaux supplémentaires ne constitue donc pas seulement une extension immobilière. Elle touche au « dernier kilomètre » de la protection sociale : celui qui sépare l’existence d’un droit de la capacité concrète du bénéficiaire à l’utiliser.
Le véritable indicateur sera dès lors moins le nombre de guichets ouverts que leur capacité à raccourcir les démarches, résoudre les difficultés et éviter qu’un problème administratif ne retarde inutilement un parcours médical. À Lomé comme dans les villes de l’intérieur, l’universalité de l’assurance maladie se jouera aussi à cette échelle très concrète : rendre la couverture suffisamment proche et suffisamment simple pour qu’elle devienne effectivement accessible.
La Rédaction

