Avec Azúcar, Nii Ayikwei Parkes construit un roman où les saveurs, la musique et les souvenirs circulent d’un continent à l’autre. À travers Oswald, cuisinier ghanéen installé sur une île caribéenne imaginaire, l’écrivain explore les liens qui peuvent unir des cultures éloignées et la manière dont un goût, un rythme ou une rencontre peuvent réveiller le sentiment d’appartenance.
Nii Ayikwei Parkes, entre écriture et oralité
Nii Ayikwei Parkes est né le 1er avril 1974 au Royaume-Uni, de parents ghanéens, et a grandi au Ghana. Toujours vivant, il est romancier, poète, éditeur et performeur. Son écriture accorde une place importante à l’oralité, aux langues et aux circulations entre les cultures.
Connu notamment pour Notre quelque part (Tail of the Blue Bird), il publie Azúcar en 2023, un roman très différent où la cuisine et la musique deviennent des portes d’entrée vers la mémoire et l’identité.
Oswald, un cuisinier loin du Ghana
Au centre du récit se trouve Oswald, cuisinier ghanéen dont le parcours le conduit jusqu’à Fumaz, une île caribéenne fictive.
Il arrive avec ses recettes, ses souvenirs et cette manière particulière de comprendre le monde à travers les aliments. Mais Fumaz lui réserve une surprise : certaines saveurs, certains rythmes et certaines habitudes lui paraissent étrangement familiers.
Le lieu est nouveau, pourtant quelque chose lui rappelle l’Afrique.
À mesure qu’Oswald rencontre les habitants, la cuisine devient le moyen privilégié par lequel il entre dans leur histoire et partage la sienne.
Quand un plat devient une mémoire
Dans Azúcar, cuisiner ne consiste jamais seulement à se nourrir.
Les ingrédients portent des souvenirs. Les recettes voyagent avec les hommes et les femmes, se transforment au contact d’autres traditions puis deviennent, plusieurs générations plus tard, les traces discrètes de migrations anciennes.
Parkes joue constamment avec ces correspondances. Une saveur africaine peut réapparaître sous une autre forme dans les Caraïbes ; une manière de préparer un aliment peut rapprocher des personnes qui ignoraient partager quelque chose.
La cuisine devient ainsi une mémoire que l’on peut goûter.
La musique, l’autre langue du roman
La musique occupe une place tout aussi importante.
Les rythmes accompagnent les rencontres et révèlent eux aussi les parentés entre plusieurs univers culturels. Comme les recettes, ils se déplacent, se mélangent et se réinventent.
Nii Ayikwei Parkes construit ainsi un monde dans lequel l’identité n’est jamais immobile. Elle circule avec les sons, les mots, les aliments et les individus.
Oswald découvre progressivement que l’on peut retrouver quelque chose de chez soi dans un endroit où l’on n’a pourtant jamais vécu.

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Appartenir à plusieurs endroits
Derrière cette dimension sensorielle, Azúcar pose une question simple : qu’est-ce qui fait qu’un lieu devient familier ?
Est-ce la naissance, la langue, la famille ou les souvenirs ? Ou peut-on également reconnaître une part de soi dans des personnes et des cultures rencontrées beaucoup plus tard ?
Le voyage d’Oswald montre que l’appartenance n’est pas nécessairement enfermée dans une seule géographie. Certaines histoires traversent les océans et continuent d’exister sous des formes nouvelles.
C’est cette circulation permanente qui donne au roman sa tonalité particulière, à la fois intime et ouverte sur le monde.
Avec Azúcar, Nii Ayikwei Parkes propose un roman chaleureux où la grande histoire passe par les choses les plus quotidiennes : préparer un repas, écouter une musique, reconnaître une saveur ou partager une table.
À travers le parcours d’Oswald entre le Ghana et Fumaz, l’écrivain montre que les cultures ne vivent jamais complètement séparées. Elles voyagent, se rencontrent et se transforment avec ceux qui les portent.
Azúcar rappelle finalement qu’un plat ou une chanson peuvent parfois raconter nos origines avec autant de force qu’un livre d’histoire.
La Rédaction
Références littéraires
- Azúcar de Nii Ayikwei Parkes — cuisine, musique et appartenances
- Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes — Ghana, oralité et rencontre entre plusieurs savoirs
- Le Ventre de l’Atlantique de Fatou Diome — migration, identité et liens avec le pays d’origine
- The Dragonfly Sea de Yvonne Adhiambo Owuor — voyage, cultures et appartenances multiples

