Alors que l’État a décidé d’ouvrir la porte aux semences génétiquement modifiées (OGM) pour renforcer la production alimentaire, des activistes redoublent d’efforts pour refermer cette brèche.
La Kenya Peasants League, une organisation défendant les droits des petits agriculteurs, s’est engagée à recueillir un million de signatures en soutien à son appel contre une décision validant les OGM. Cette mobilisation marque une nouvelle étape dans une lutte de plusieurs décennies visant à empêcher l’introduction de ces semences dans le pays.
Une bataille judiciaire complexe
La semaine dernière, la Haute Cour du Kenya a rejeté une requête déposée par la Société des avocats du Kenya et des militants pour la souveraineté alimentaire. Cette décision confirme un jugement de 2023 de la Cour de l’environnement et des terres, qui avait donné son aval aux cultures OGM.
Au cœur du débat : la manière de produire des aliments. Tandis que les agroécologistes et des groupes locaux d’agriculteurs dénoncent les risques des OGM, leurs partisans – notamment les entreprises de biotechnologie, des scientifiques et certains décideurs – soulignent leur potentiel pour résoudre les défis de sécurité alimentaire.
Un virage politique sous la pression climatique
En 2022, face à une sécheresse sans précédent depuis 40 ans, les autorités kenyanes ont levé une interdiction de dix ans sur les OGM, une décision soutenue par le président William Ruto. C’est cette levée de l’interdiction que la Société des avocats et d’autres acteurs contestent aujourd’hui.
Claire Nasike, agroécologiste pour l’ONG britannique Christian Aid, avertit que cette décision pourrait nuire aux petits exploitants agricoles. « Lever l’interdiction expose les agriculteurs à des prix de semences exorbitants, les plongeant dans un cycle d’endettement lié aux lois de propriété intellectuelle imposées par de grandes multinationales », déclare-t-elle.
À l’inverse, le professeur Richard Oduor, président du Consortium de biotechnologie de l’Université du Kenya, défend les cultures OGM. Selon lui, ces semences permettent des rendements plus élevés et résilients face aux aléas climatiques. « Cette décision est une grande victoire, non seulement pour les scientifiques, mais aussi pour les agriculteurs et la population kényane en général », a-t-il déclaré à l’organisation Alliance for Science.
Une opposition régionale
Si les tribunaux kenyans soutiennent désormais les OGM, leur adoption pourrait compliquer les relations commerciales avec les pays voisins. Mariam Mayet, une militante sud-africaine en faveur de l’agroécologie, prévient : « Des membres de la Communauté d’Afrique de l’Est, comme la Tanzanie, le Burundi et la République démocratique du Congo, ont déclaré leur opposition aux semences et cultures OGM. »
Le débat reste donc ouvert, entre espoirs de résilience agricole et craintes pour la souveraineté des petits exploitants, alors que le Kenya s’avance sur un chemin controversé.
La Rédaction

