L’Iran est-il sur le point de franchir la ligne rouge nucléaire ? Alors que Téhéran continue d’affirmer qu’il ne cherche pas à se doter de l’arme atomique, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) met en garde : l’Iran n’est « pas loin » de pouvoir assembler une bombe nucléaire. Une déclaration qui relance l’inquiétude internationale à quelques heures de sa visite dans le pays.
Des pièces du puzzle presque réunies
Dans un entretien au journal Le Monde, Rafael Mariano Grossi n’a pas mâché ses mots. « C’est comme un puzzle, ils ont les pièces et ils pourraient éventuellement un jour les mettre ensemble. Il reste du chemin à parcourir avant d’y parvenir. Mais ils n’en sont pas loin, il faut le reconnaître », a-t-il déclaré. Selon lui, l’Iran a accéléré ses efforts nucléaires « de façon très soutenue » ces quatre dernières années, réduisant considérablement le temps nécessaire pour parvenir à une capacité nucléaire militaire.
Le doute persiste malgré les assurances
Téhéran nie toujours vouloir se doter de l’arme nucléaire. Mais pour Grossi, les déclarations ne suffisent pas : « Il ne suffit pas de dire à la communauté internationale “nous n’avons pas l’arme nucléaire” pour que l’on vous croie. Il faut que nous puissions vérifier. » Une exigence de transparence que l’Iran, souvent accusé de jouer la montre avec les inspecteurs de l’AIEA, peine à satisfaire pleinement.
Une visite à fort enjeu diplomatique
Le chef de l’AIEA s’est envolé pour l’Iran dans la foulée de son entretien. Il doit rencontrer dès mercredi soir le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, puis jeudi, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Mohammad Eslami. L’objectif : relancer une coopération technique souvent mise à mal, dans un climat diplomatique toujours plus tendu.
Cette visite intervient alors que les négociations sur le retour à l’accord de Vienne de 2015 sont au point mort. Washington et ses alliés redoutent que l’Iran utilise ses progrès technologiques comme levier de pression, tandis que Téhéran accuse les Occidentaux de ne pas avoir respecté leurs engagements.
Un avertissement qui résonne au Moyen-Orient
La déclaration de Grossi intervient dans un contexte régional marqué par l’instabilité croissante. Pour Israël, ennemi juré de la République islamique, la menace d’un Iran nucléaire est existentielle. Riyad, de son côté, pourrait aussi chercher à se doter de l’arme atomique si Téhéran franchissait le seuil. Le Moyen-Orient, déjà écartelé entre crises ouvertes et tensions latentes, pourrait alors entrer dans une nouvelle phase d’escalade.
La Rédaction

