Monrovia.
Censé nourrir les plus vulnérables, il a finalement enrichi des élites. Au Libéria, plus de 25 000 sacs de riz destinés aux sinistrés ont été détournés, selon les autorités. L’aide, généreusement offerte par l’Arabie saoudite, aurait été utilisée à des fins « personnelles et politiques ». Trois anciens hauts responsables ont été arrêtés.
Parmi eux, Dee-Maxwell Kemayah, ex-ministre des Affaires étrangères, Mary Broh, ancienne directrice de l’Agence des services généraux et ex-maire par intérim de Monrovia, ainsi que Henry O. Williams, directeur exécutif de l’Agence nationale de gestion des catastrophes (NDMA).
Du riz humanitaire pour des ambitions personnelles
En avril 2023, le Centre d’aide humanitaire du roi Salman faisait don de 29 412 sacs de riz (d’une valeur de 425 918 dollars) au Libéria. La cargaison devait soulager les communautés touchées par des catastrophes naturelles. Mais l’enquête révèle qu’une grande partie de l’aide – plus de 25 000 sacs – aurait disparu des circuits officiels, sans trace comptable.
« Ils ont tenu des réunions secrètes et distribué le riz sans la moindre documentation », accuse Joseph Daniel, porte-parole de la cellule spéciale chargée de l’enquête. Les mis en cause sont désormais poursuivis pour vol de biens publics, sabotage économique et abus de fonction.
Une corruption au cœur de l’aide humanitaire
Le scandale provoque une onde de choc dans le pays. Les produits de première nécessité destinés à des familles sinistrées ont été utilisés comme monnaie d’échange politique ou détournés à des fins privées, brisant une nouvelle fois la confiance du peuple libérien envers ses élites.
« Ce n’est que le début », affirme Joseph Daniel. La taskforce, qui enquête sur 17 autres affaires similaires, promet de nouvelles arrestations dans les jours à venir.
Une affaire qui fragilise l’aide internationale
Ce détournement pourrait avoir des répercussions au-delà des frontières. L’Arabie saoudite, principal donateur dans ce dossier, pourrait revoir sa politique d’aide au Libéria. Quant à la NDMA, censée être en première ligne en cas de catastrophe, sa légitimité est aujourd’hui lourdement entamée.
Quand la corruption touche l’aide humanitaire, ce sont les plus fragiles qui en paient le prix. L’affaire du riz saoudien n’est pas seulement un scandale de plus : elle incarne le drame silencieux d’un pays où l’aide d’urgence peut se transformer en butin politique. Au Libéria, la lutte contre la corruption ne se joue plus seulement dans les ministères, mais dans les sacs de riz qu’on vole aux victimes.
La Rédaction

