Monrovia — Dans un geste solennel et attendu depuis des décennies, le président libérien Joseph Boakai a présenté les excuses officielles de l’État pour les violences, les souffrances et les crimes commis durant les deux guerres civiles qui ont ravagé le pays entre 1989 et 2003.
Prenant la parole lors d’une cérémonie de réconciliation dans la capitale, Monrovia, le chef de l’État a déclaré : « À chaque victime de notre guerre civile, à chaque famille brisée, à chaque rêve fracassé, nous disons : nous en sommes désolés. » Ce moment de recueillement national intervient quelques jours après que Boakai a assisté à des hommages posthumes aux présidents Samuel Doe, assassiné en 1990 après avoir été capturé et torturé, et William Tolbert, tué lors du coup d’État de 1980 mené par ce même Doe.
Une tragédie toujours sans justice
Les deux guerres civiles libériennes ont fait environ 250 000 morts et causé des atrocités généralisées : massacres de masse, mutilations, viols systématiques, enrôlement massif d’enfants soldats. Pourtant, aucun tribunal n’a été mis en place pour juger les auteurs de ces crimes. Une Commission de vérité et de réconciliation (CVR), instaurée en 2006, avait pourtant recommandé en 2009 la création d’un tribunal spécial pour les crimes de guerre. Mais ce projet est resté lettre morte, de nombreux auteurs présumés de ces exactions demeurant influents dans la sphère politique.
Le président Boakai a relancé cet appel : « Il est temps de mettre en œuvre les recommandations clés de la Commission de vérité et de réconciliation. »
Vers un véritable processus de justice transitionnelle ?
Avec cette prise de position, Joseph Boakai franchit une étape inédite pour un président libérien : reconnaître publiquement la responsabilité morale de l’État dans ces tragédies nationales. Cette déclaration pourrait raviver les revendications des victimes et des ONG qui militent depuis des années pour l’instauration d’un mécanisme judiciaire indépendant, à l’image des tribunaux spéciaux instaurés en Sierra Leone ou au Rwanda.
Pour l’instant, aucune annonce concrète n’a été faite sur la création d’un tribunal. Mais l’appel du président pourrait rouvrir le débat sur la justice, la mémoire et la réparation, dans un pays où, comme il l’a rappelé, « il n’y a pas une famille libérienne qui n’ait été touchée par la douleur, la violence et l’injustice qui ont hanté notre nation. »
La Rédaction

