Au Libéria, l’avenir de l’interdiction des mutilations génitales féminines (MGF) est de nouveau au cœur du débat politique. Alors que le président Joseph Boakai a engagé une réforme visant à proscrire définitivement cette pratique, le gouvernement envisage de lever le moratoire temporaire en vigueur depuis 2022, une perspective qui inquiète les organisations de défense des droits des femmes et ravive les tensions avec les autorités traditionnelles.
Une réforme fragilisée
Le moratoire sur les mutilations génitales féminines avait été instauré en 2022 après plusieurs années de mobilisation des associations féministes et des défenseurs des droits humains. L’objectif était de protéger les filles et les femmes contre une pratique dénoncée pour ses lourdes conséquences sur la santé et les droits fondamentaux.
Dans cette continuité, le président Joseph Boakai a soumis au Parlement un projet de loi destiné à interdire définitivement les mutilations génitales féminines ainsi que le mariage des enfants. Le texte devait transformer une interdiction provisoire en disposition permanente de la législation libérienne.
Mais cette avancée est aujourd’hui remise en question. Le ministre de l’Intérieur, Francis Sakila Nyumalin, a annoncé son intention de lever le moratoire à partir du 15 août 2026, après l’adoption de nouvelles règles encadrant les pratiques traditionnelles.
Une vive opposition au Parlement
Le projet de loi présidentiel se heurte à une forte résistance au sein de la Chambre des représentants.
Plusieurs parlementaires estiment que l’interdiction des mutilations génitales féminines constitue une remise en cause des traditions libériennes. L’un des opposants les plus actifs, le député Gizzie Kollince, a notamment dénoncé une réforme qu’il considère comme une attaque contre la culture nationale.
À l’inverse, les élus favorables au texte rappellent que la préservation des traditions ne peut justifier des pratiques mettant en danger la santé, l’intégrité physique et la dignité des femmes et des filles.
Une confrontation entre droits humains et traditions
Au Libéria, les mutilations génitales féminines restent étroitement liées à certaines sociétés traditionnelles, notamment celles dirigées par les « zoes », des responsables coutumières qui jouent un rôle central dans les rites d’initiation.
Depuis plusieurs années, les défenseurs des droits humains dénoncent les conséquences physiques et psychologiques de ces pratiques, tandis que leurs partisans les présentent comme un élément constitutif de l’identité culturelle du pays.
Cette opposition explique en partie les difficultés rencontrées par les précédents gouvernements pour faire appliquer les mesures d’interdiction. Les initiatives lancées sous les présidences d’Ellen Johnson Sirleaf puis de George Weah n’ont jamais permis d’obtenir une adhésion durable des autorités traditionnelles.
Les associations redoutent un retour en arrière
Pour les organisations de défense des droits des femmes, une levée du moratoire constituerait un recul majeur après plusieurs décennies de plaidoyer.
Elles rappellent que des enfants et des adolescentes ont perdu la vie ou subi de graves séquelles à la suite de mutilations génitales féminines et appellent le Parlement à adopter définitivement le projet de loi présenté par le président Boakai.
Les militants estiment également que les engagements pris par le chef de l’État devant les Nations unies en faveur de l’égalité des sexes et de la protection des filles doivent désormais se traduire par une législation durable.
Un choix déterminant pour le Libéria
Le débat dépasse désormais la seule question des mutilations génitales féminines. Il met en lumière la difficulté de concilier le respect des traditions avec les obligations internationales du Libéria en matière de droits humains.
L’issue des discussions au Parlement sera déterminante pour l’avenir de cette réforme. Entre les revendications des chefs traditionnels et les attentes des organisations de la société civile, les autorités devront trancher une question qui touche à la fois à la culture, à la santé publique et à la protection des droits fondamentaux.
La Rédaction

