France – Comment découvrir un pays sans quitter son domicile ? En pleine pandémie de Covid-19, Jonathan Bertin, un jeune photographe français installé à Rouen, a trouvé une réponse inattendue. Empêché de partir au Japon, il a envoyé trente appareils photo à des adresses japonaises, en espérant que des inconnus photographieraient leur quotidien avant de lui retourner les pellicules. Une expérience originale qui a transformé un voyage annulé en aventure humaine et artistique.
Un voyage impossible, une idée inattendue
À la fin de l’année 2020, Jonathan Bertin devait s’envoler pour Tokyo. Ce photographe professionnel, originaire de Honfleur, voyage régulièrement pour réaliser des images destinées à ses projets personnels et à différentes marques. Mais les restrictions sanitaires bouleversent ses projets et l’obligent à renoncer à son séjour japonais.
Plutôt que d’abandonner complètement son idée, il imagine une autre manière de découvrir le pays. Avec le soutien de Flying Blue, le programme de fidélité d’Air France et de KLM, il décide d’expédier trente appareils photo argentiques aux adresses qu’il avait prévu de visiter dans la capitale japonaise.
Le principe est aussi simple qu’incertain : les destinataires, qu’il ne connaît pas, sont invités à prendre des photographies avant de renvoyer les appareils en France. Rien ne garantit qu’ils accepteront, que les colis leur parviendront ou même que les pellicules contiendront des images exploitables.
Des inconnus deviennent ses yeux au Japon
Les premiers résultats arrivent au printemps 2021. Sur les trente appareils expédiés, quatre sont déjà revenus à Rouen en avril, accompagnés de pellicules remplies de photographies.
Jonathan Bertin découvre alors des fragments du Japon qu’il n’a pas pu visiter. Les images montrent des scènes ordinaires, des lieux familiers pour leurs auteurs et des instants que le photographe n’aurait peut-être jamais remarqués lui-même.
Certaines photographies sont remarquablement réussies, tandis que d’autres présentent des défauts de cadrage ou d’exposition. Mais cette diversité fait précisément le charme du projet. Les personnes ayant utilisé les appareils ne sont pas nécessairement photographes et ne cherchent pas toutes à produire des images parfaites.
Quelques participants accompagnent leur retour d’un petit message. D’autres renvoient simplement l’appareil. Certains colis sont même refusés, rappelant le caractère imprévisible de cette expérience menée à distance.
Pour le jeune Français, chaque pellicule devient ainsi une surprise. Il découvre un pays à travers le regard de personnes dont il ignore parfois jusqu’à l’identité.
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Voyager autrement, grâce au regard des autres
Baptisée My 2020 Travel Project, cette initiative dépasse la simple collection de photographies. Elle interroge notre manière de voyager et la place accordée aux rencontres dans la découverte d’un territoire.
Habituellement, un photographe choisit ses destinations, ses sujets et ses cadrages. Ici, Jonathan Bertin abandonne une grande partie de ce contrôle. Il confie ses appareils à des inconnus et accepte de découvrir leurs choix, leurs habitudes et leur environnement.
L’expérience possède aussi une dimension humaine. Derrière chaque photographie se trouve une personne qui a accepté de participer à une aventure imaginée à des milliers de kilomètres de chez elle, sans nécessairement connaître son initiateur.
En avril 2021, alors que plusieurs appareils sont encore attendus, le photographe espère poursuivre ces échanges et nouer des liens avec certains participants.
Cette histoire, née des restrictions de voyage de 2020, rappelle qu’un déplacement ne se mesure pas uniquement en kilomètres parcourus. Sans avoir pris l’avion, Jonathan Bertin a réussi à découvrir des morceaux de Tokyo grâce à trente appareils photo et à la curiosité de parfaits inconnus. Une autre façon de voyager, où l’essentiel ne se trouve plus dans le billet d’avion, mais dans le regard de ceux qui vivent sur place.
La Rédaction

