Agadez, Niger.
L’armée américaine a officiellement fermé sa dernière base au Niger, située à Agadez, répondant ainsi aux exigences du régime militaire nigérien en place. Cette décision marque la fin de la présence militaire américaine dans ce pays sahélien, en proie à des violences djihadistes croissantes.
Après le départ de près de 800 soldats de la base de Niamey début juillet, environ 200 éléments américains restaient à Agadez. Le commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom) a confirmé la clôture de cette opération : « Le retrait des forces et du matériel américains de la base aérienne 201 à Agadez est achevé. »
Selon Africom, une coordination étroite se poursuivra entre les forces armées américaines et nigériennes pour garantir le bon déroulement de ce retrait. Environ vingt personnes demeurent encore au Niger, basées à l’ambassade des États-Unis à Niamey, afin de finaliser les préparatifs du départ.
Sabrina Singh, porte-parole adjointe du Pentagone, a précisé que ce retrait s’est conclu par une cérémonie de transfert des installations, en présence d’officiels nigériens et américains. « Ce retrait ne signifie pas la fin de la coopération militaire entre les deux pays », a assuré le colonel-major Mamane Sani Kiaou, chef d’état-major de l’armée de terre nigérienne.
Initialement prévue pour le 15 septembre, la fin des opérations a été avancée à début août par le général Kenneth Ekman d’Africom. Le retrait américain s’est effectué par voie aérienne, contrairement aux forces françaises qui ont dû partir par voie terrestre à travers des zones instables jusqu’au Tchad.
### Un Pilier de la Lutte Antidjihadiste
Le Niger a longtemps été un point central des opérations de lutte contre le djihadisme menées par les États-Unis et la France au Sahel. Cependant, le coup d’État du 26 juillet 2023, qui a renversé le président Mohamed Bazoum, a conduit à un rapprochement du régime militaire nigérien avec le Mali et le Burkina Faso, pays également dirigés par des régimes militaires hostiles aux forces occidentales. Ensemble, ils ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES).
En mars, le gouvernement nigérien avait déjà dénoncé l’accord de coopération militaire avec les États-Unis, jugé « illégal ». Ce retrait des troupes américaines marque donc un changement stratégique majeur, alors que le Niger réoriente sa politique étrangère en privilégiant sa souveraineté nationale.
### Nouveaux Alliés et Défis Persistants
Sous la direction du général Abdourahamane Tiani, le Niger s’est tourné vers la Russie, recevant des instructeurs et du matériel militaire. Le pays a également renforcé ses liens avec la Turquie et l’Iran. Ces changements interviennent alors que le Niger est confronté à des violences djihadistes persistantes, notamment à l’ouest avec des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, et au sud-est avec Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).
Les conséquences humanitaires sont graves. Selon l’organisation Acled, près de 1 500 civils et militaires ont été tués dans des attaques djihadistes au cours de la dernière année, contre 650 l’année précédente.
La fermeture de la dernière base américaine au Niger symbolise un tournant décisif pour le pays et pour la stratégie de lutte contre le terrorisme au Sahel, marquant la fin d’une ère de coopération militaire intense avec les puissances occidentales.
La Rédaction

