Depuis plusieurs années, les relations entre la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) et la Confédération Africaine de Football (CAF) font l’objet d’un examen minutieux. Si cette collaboration est présentée comme un levier pour le développement du football africain, elle soulève de sérieuses interrogations concernant l’indépendance décisionnelle de la CAF et sa capacité à défendre les intérêts spécifiques du football continental.
Une tutelle renforcée depuis l’arrivée de Patrice Motsepe
L’élection de Patrice Motsepe à la présidence de la CAF en mars 2021 marque un tournant significatif dans les relations entre les deux instances. Homme d’affaires sud-africain milliardaire et fondateur du groupe minier African Rainbow Minerals, Motsepe était le seul candidat restant après le retrait de ses adversaires. Cette élection sans opposition a soulevé des questions sur l’influence potentielle de Gianni Infantino, président de la FIFA, dans ce processus électoral.
Selon plusieurs experts du football africain, la FIFA exerce désormais un contrôle sans précédent sur les affaires de la CAF. Cette mainmise s’illustre notamment par la présence stratégique de Véron Mosengo-Omba au poste de Secrétaire général de la CAF. Ancien collaborateur proche d’Infantino à la FIFA, Mosengo-Omba est perçu par de nombreux observateurs comme « l’homme de la FIFA » au sein de l’administration de la CAF.
« Le Secrétaire général actuel reçoit ses instructions directement de Zurich, court-circuitant parfois la présidence et le comité exécutif de la CAF, » confie sous couvert d’anonymat un ancien haut responsable de la confédération.
Des problèmes de gouvernance préoccupants
L’immixtion de la FIFA dans les affaires de la CAF s’accompagne de graves problèmes de gouvernance. Un rapport d’audit commandé par la FIFA elle-même en 2019, réalisé par PricewaterhouseCoopers, avait révélé des « pratiques douteuses » et un « possible détournement de fonds » au sein de la CAF, avec plus de 24 millions de dollars de transactions questionnables.
Malgré les promesses de réformes, des allégations persistantes font état de :
Des contrats majeurs seraient attribués sans appels d’offres transparents, tandis que les nominations à des postes clés sembleraient privilégier la loyauté plutôt que les compétences. Cette situation s’accompagne d’une centralisation excessive du pouvoir décisionnel et d’une surveillance manifestement insuffisante des dépenses opérationnelles.
Un exemple concret concerne l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Les récentes éditions ont été marquées par des changements de dernière minute dans le pays hôte et des modifications du calendrier, reflétant une planification chaotique et un manque de vision stratégique à long terme.
Les implications financières d’une tutelle contestée
Si l’influence de la FIFA a apporté une stabilité financière temporaire à la CAF, notamment via le programme FIFA Forward qui a injecté plus de 100 millions de dollars dans le développement du football africain entre 2019 et 2023, cette manne financière s’accompagne d’un prix élevé en termes d’autonomie.
Des sources internes à la CAF rapportent que les décisions majeures concernant l’allocation des ressources sont désormais soumises à l’approbation tacite de la FIFA. Cette situation contraste fortement avec l’indépendance dont jouissent d’autres confédérations comme l’UEFA en Europe.
Les associations nationales africaines se retrouvent dans une position délicate : critiquer ouvertement cette influence pourrait compromettre leur accès aux financements dont elles dépendent crucialement pour développer le football local.
Vers une émancipation nécessaire
Face à cette situation, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une CAF plus autonome et plus représentative des intérêts africains. Des figures respectées du football continental, comme l’ancien international camerounais Samuel Eto’o (désormais président de la Fédération camerounaise) ou le Sénégalais Augustin Senghor, plaident pour une gouvernance plus transparente et indépendante.
Les défis pour l’avenir du football africain sont nombreux. Il faudra d’abord établir un modèle de gouvernance véritablement transparent et responsable, tout en développant des sources de revenus indépendantes et durables. Le renforcement des compétences administratives locales s’avère également crucial, de même que l’élaboration d’une vision stratégique authentiquement africaine pour le développement du sport.
L’avenir dira si la présidence de Motsepe, dont le mandat court jusqu’en 2025, parviendra à rééquilibrer cette relation asymétrique avec la FIFA, ou si le football africain continuera d’être administré sous influence extérieure.
La Rédaction

