La décision des autorités tanzaniennes de fermer le camp de Nduta, dans le nord-ouest du pays, marque une nouvelle étape dans la politique de retour des réfugiés burundais. Mais derrière l’argument officiel du rapatriement volontaire, plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent des pratiques coercitives.
Un camp démantelé dans un climat de tension
Le camp de Nduta, qui abritait encore récemment plusieurs dizaines de milliers de réfugiés, a officiellement fermé ses portes le 30 avril. Selon l’ONG burundaise CDH/Vicar, environ 3 000 personnes encore présentes sur le site auraient été contraintes de regagner le Burundi dans des conditions contestées.
Pour Léopold Sharangabo, président de l’organisation, la situation s’est progressivement durcie : restrictions de déplacement, interdiction d’activités économiques, fermeture des écoles et des structures de santé. Un environnement qu’il décrit comme une pression indirecte poussant les réfugiés à partir.
La position du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) inscrit cette opération dans le cadre d’un programme de rapatriement volontaire, établi en accord avec les gouvernements tanzanien et burundais. L’objectif affiché : faciliter le retour de 100 000 réfugiés d’ici juin 2026.
Toutefois, l’agence onusienne reconnaît avoir exprimé des préoccupations concernant des cas de retours non consentis. Plusieurs milliers de réfugiés avaient déjà signalé, fin 2025, leur refus de rentrer au Burundi, invoquant des risques sécuritaires persistants.
Des profils à risque
Parmi les populations concernées figurent des opposants politiques, des militants des droits humains ou encore d’anciens membres des forces de sécurité burundaises. Pour ces profils, le retour au pays reste perçu comme potentiellement dangereux, malgré les assurances officielles sur l’amélioration de la situation sécuritaire.
Vers la fermeture totale des camps
La fermeture de Nduta n’est qu’une étape. Les autorités tanzaniennes ont déjà annoncé la fermeture prochaine du camp de Nyarugusu, prévue pour le 30 juin. Une décision qui pourrait accélérer les tensions autour de la question des retours.
Un équilibre fragile entre souveraineté et droit international
La Tanzanie défend une politique de désengorgement des camps et de retour progressif des réfugiés, dans un contexte où plusieurs pays africains cherchent à réduire la pression migratoire sur leur territoire.
Mais cette stratégie se heurte aux principes du droit international humanitaire, qui encadrent strictement les conditions de retour des réfugiés, notamment le caractère volontaire, sûr et digne de ces opérations.
Dans ce dossier sensible, la ligne de crête reste étroite : entre impératifs politiques, contraintes sécuritaires et respect des droits fondamentaux.
La Rédaction

