Le gouvernement soudanais accuse ouvertement le Kenya de soutenir les Forces de soutien rapide (FSR), les redoutables paramilitaires en guerre contre l’armée régulière depuis plus d’un an. Dans un communiqué diffusé mardi 24 juin, le ministère soudanais des affaires étrangères affirme que des armes étiquetées « Made in Kenya » ont été découvertes en mai dans des caches des FSR à Khartoum.
Cette révélation vient jeter une nouvelle ombre sur le rôle des puissances extérieures dans un conflit qui a déjà causé des dizaines de milliers de morts et plus de 13 millions de déplacés. Si l’Égypte, la Turquie, l’Iran et la Russie sont perçus comme les alliés de l’armée régulière dirigée par le général Al-Bourhane, les Émirats arabes unis sont régulièrement pointés du doigt pour leur soutien aux FSR de Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ». Et selon Khartoum, le Kenya serait devenu un relais logistique de ces livraisons d’armes, notamment via les circuits émiratis.
Silence embarrassé à Nairobi
Fait troublant, le porte-parole du gouvernement kényan, Isaac Mwaura, avait lui-même admis sur X le 16 juin que « l’Égypte et l’Iran soutiennent l’armée ; les Émirats arabes unis soutiennent les FSR », avant de supprimer ce message. Une déclaration embarrassante, qui conforte la version de Khartoum.
Le gouvernement soudanais va plus loin, en accusant les Émirats – et indirectement Nairobi – de chercher à s’approprier les ressources naturelles du pays et de créer une base d’influence sur la mer Rouge. Une stratégie qui, selon plusieurs analystes, s’inscrirait dans la guerre d’influence que se livrent les puissances du Golfe en Afrique de l’Est.
Crainte d’une partition du pays
Ces accusations surviennent alors que les FSR ont récemment annoncé à Nairobi leur intention de former un gouvernement parallèle, augmentant les craintes internationales d’un éclatement définitif du Soudan. Les combats s’intensifient dans le sud et l’ouest du pays, notamment dans le Kordofan, où une attaque sanglante a récemment tué plus de 40 civils selon l’OMS.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a plusieurs fois dénoncé le rôle des puissances étrangères qui attisent la guerre entre les deux anciens alliés devenus ennemis. Mais les condamnations diplomatiques n’ont, pour l’instant, rien changé au cours d’un conflit qui s’enlise et se régionalise dangereusement.
La Rédaction

