Diplomatie sous pression, dette impayée, diaspora inquiète : Accra tente de rassurer l’administration Trump et d’éviter une rupture avec Washington.
Washington – juillet 2025. Le Ghana engage une opération séduction à Washington. Six mois après son retour au pouvoir, le président John Mahama dépêche son ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, dans la capitale américaine pour désamorcer deux menaces majeures : une possible interdiction de visas et une crise diplomatique liée à des arriérés de dette impayés.
Un partenariat américano-ghanéen fragilisé
Au cœur de cette visite discrète mais stratégique, Ablakwa a rencontré le 30 juin la nouvelle sous-secrétaire d’État aux Affaires politiques, Allison Hooker, ainsi que Troy Fitrell, secrétaire adjoint par intérim aux Affaires africaines. Objectif : rétablir la confiance avec l’administration Trump et éviter que le Ghana soit ajouté à la liste des pays visés par une interdiction de visa pour raisons de sécurité.
La perspective de telles restrictions serait lourde de conséquences : avec 4,6 milliards de dollars de transferts de fonds venus des États-Unis en 2023, le Ghana se classe juste derrière le Nigeria en Afrique. De plus, près de 9 400 étudiants ghanéens poursuivent actuellement leurs études sur le sol américain.
Une ambassade dans la tourmente
Le contexte n’arrange rien : en mai dernier, le gouvernement Mahama a fermé temporairement l’ambassade du Ghana à Washington après la découverte d’un détournement prolongé des frais de visa par un employé local. Résultat : les demandes de visa sont désormais en souffrance pour au moins six mois.
Adjoa Kyerematen, présidente du Ghana Diaspora Public Affairs Collective, affirme que « le gouvernement Mahama veut agir vite pour éliminer les pratiques douteuses du passé et renforcer la position du pays contre toute sanction migratoire ».
Dette impayée et colère au Congrès
En parallèle, la question de la dette ghanéenne continue d’empoisonner les relations avec Washington. Malgré un plan de restructuration validé par 25 pays créanciers et un bail-out de 3 milliards de dollars du FMI en 2023, Accra n’a pas encore honoré 330 millions de dollars de créances envers des entreprises américaines et 132 millions envers le gouvernement américain, notamment la banque Ex-Im.
Le sénateur Jim Risch, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, hausse le ton :
« Le Ghana peut être un partenaire stratégique, mais son imprudence financière est inacceptable. Les contribuables américains n’ont pas à payer les pots cassés. »
Même son de cloche du côté du Congrès : Brian Mast, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre, a exhorté le département du Trésor à conditionner les futurs décaissements du FMI au remboursement des producteurs d’électricité américains, dont deux infrastructures sont financées par des fonds de pension des États-Unis.
Une pression dangereuse face à la Chine
Mais cette pression politique pourrait avoir un effet contre-productif, prévient Adjoa Kyerematen. Elle rappelle que l’administration Mahama est encore jeune et qu’une approche punitive risquerait de pousser Accra vers Pékin. Le 26 juin dernier, un Sommet Ghana-Chine pour les affaires s’est tenu à Accra, signe d’une stratégie de diversification.
« Le Ghana reste un allié stratégique dans une région de plus en plus réticente à l’Occident. Menacer aujourd’hui son gouvernement pourrait envoyer un signal désastreux », avertit-elle.
Alors que le Ghana cherche à tourner la page des scandales et à redorer son image auprès des partenaires occidentaux, Washington hésite entre fermeté financière et intérêt géopolitique. L’issue de cette visite diplomatique sera cruciale pour une relation bilatérale historiquement forte, mais aujourd’hui fragilisée.
La Rédaction

