Un jeu d’échecs diplomatique et économique se joue dans les Grands Lacs, où l’ombre de Donald Trump se mêle aux enjeux miniers, à la rivalité sino-américaine et à la recherche fragile d’une paix durable.
Cent jours après son retour à la Maison Blanche, Donald Trump redessine les lignes de la politique africaine des États-Unis. Et c’est dans les Grands Lacs, région minée par l’instabilité mais riche en ressources stratégiques, que sa stratégie s’impose avec le plus de clarté. L’objectif ? Allier paix et business, en gardant la Chine à distance.
Une diplomatie musclée à Kinshasa
Début avril 2025, Kinshasa a reçu la visite remarquée de Massad Boulos, envoyé spécial de Trump pour l’Afrique, accompagné de Corina Sanders, sous-secrétaire adjointe aux Affaires africaines. Leur message est sans ambiguïté : conjuguer stabilité régionale et intérêts économiques croisés entre les États-Unis, la RDC et le Rwanda.
La République démocratique du Congo (RDC), cœur minier de l’Afrique, est au centre de cette stratégie. Tantale, niobium, tungstène, terres rares, or : les minerais critiques, concentrés dans les Kivus, attisent toutes les convoitises. Or, cette région reste dominée par l’exploitation artisanale, des réseaux informels, et une influence chinoise jugée préoccupante par Washington.
Derrière la paix, une bataille pour les ressources
Trois priorités guident l’offensive américaine :
1.Sécuriser l’accès aux minerais critiques, dans un contexte de rivalité croissante avec la Chine.
2.Stabiliser l’Est du Congo, zone instable mais riche, pour attirer les investisseurs.
3.Renforcer la présence américaine, via notamment le Minerals Security Partnership Forum, qui doit garantir aux alliés un accès sûr aux ressources essentielles.
Ce travail avait déjà commencé au sud, dans le Katanga, via le corridor ferroviaire de Lobito. Washington envisage maintenant d’étendre ce corridor vers l’Est, mais se heurte, selon ses diplomates, à un blocage rwandais.
Washington parraine un accord entre Kigali et Kinshasa
Dans un contexte explosif à l’Est, les États-Unis ont joué les médiateurs. Le 25 avril 2025, à Washington, la RDC et le Rwanda ont signé une déclaration de principes, perçue comme une relance du processus de paix.
Sous l’égide du secrétaire d’État américain Marco Rubio, la cheffe de la diplomatie congolaise Thérèse Kayikwanba Wagner et son homologue rwandais Olivier Nduhungirehe ont apposé leur signature. Objectif : renoncer à la guerre et privilégier la diplomatie.
Le texte engage les deux pays à :
– reconnaître mutuellement leur intégrité territoriale,
– réduire l’influence des groupes armés,
– organiser le retour volontaire des réfugiés et déplacés,
– collaborer dans le cadre de la MONUSCO pour la sécurité.
Tshisekedi promet une paix « définitive »
À Kinshasa, le président Félix Tshisekedi s’est félicité de cette avancée. Lors d’une conférence de presse aux côtés du président de Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, il a déclaré :
« C’est un pas dans la bonne direction… Je ramènerai la paix, mais la paix véritable et définitive. »
Si les intentions affichées sont louables, certains analystes s’interrogent : la paix est-elle une fin en soi ou un levier d’accès aux minerais ? Le doute persiste, d’autant que la compétition avec la Chine s’intensifie dans les mines africaines.
Dans les Grands Lacs, Donald Trump orchestre une stratégie où la diplomatie et l’économie sont indissociables. La paix est recherchée, certes, mais elle s’inscrit dans une logique de sécurisation des ressources stratégiques. Le véritable enjeu n’est peut-être pas la stabilité, mais le contrôle de ce que recèle le sous-sol congolais. Et dans cette partie, chacun avance ses pions avec prudence, mais détermination.
La Rédaction

