Puissance mondiale du thé, le Kenya veut davantage regarder vers son propre continent pour écouler sa production. Nairobi mise sur la ZLECAf pour diversifier ses débouchés, réduire son exposition aux marchés extérieurs et, surtout, vendre davantage de thé transformé. Une stratégie qui pose une question centrale : l’Afrique peut-elle devenir un véritable marché intérieur élargi pour la filière kényane ?
Le Kenya exporte son thé aux quatre coins du monde, mais cette réussite comporte une fragilité : une grande partie de la filière reste dépendante de marchés situés hors du continent. À Nairobi, le gouvernement veut désormais modifier progressivement cette géographie commerciale.
Lors de la 7e Convention et Exposition africaines du thé, organisée du 16 au 18 septembre, la secrétaire principale au Commerce, Regina Ombam, a appelé à intensifier les échanges agricoles entre pays africains. Pour le thé kényan, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) apparaît comme l’un des principaux instruments de cette diversification.
Faire de l’Afrique un débouché plus important
L’objectif dépasse la simple recherche de nouveaux acheteurs. Nairobi cherche à réduire les obstacles qui continuent de freiner le commerce à l’intérieur du continent : barrières commerciales, différences entre normes de qualité, infrastructures logistiques insuffisantes et réseaux de distribution encore fragmentés.
La ZLECAf doit théoriquement faciliter cette circulation sur un marché continental beaucoup plus intégré. Le gouvernement kényan identifie d’ailleurs le thé, aux côtés de l’agro-industrie, du textile, des produits pharmaceutiques ou de l’horticulture, parmi les secteurs présentant un fort potentiel d’expansion dans ce nouvel espace commercial.
Pour la filière, cette diversification répond aussi à un impératif de sécurité économique. Une forte concentration des ventes sur quelques destinations rend producteurs et exportateurs vulnérables aux crises géopolitiques, aux variations de la demande ou aux perturbations logistiques.
Le défi du thé vendu en vrac
Mais conquérir davantage de marchés africains ne suffira pas à transformer l’économie du secteur. Le Kenya cherche également à modifier ce qu’il exporte.
En 2025, seulement 25,36 millions de kilos de thé kényan ont été exportés sous une forme à valeur ajoutée, soit environ 4 % du volume total exporté. Cette catégorie comprend notamment les sachets, les emballages destinés directement au commerce de détail, les extraits et les thés instantanés.
Le reste demeure donc très largement dominé par un modèle dans lequel le thé quitte le pays avant une partie des opérations permettant de capter davantage de valeur : conditionnement, création de marques ou commercialisation de produits spécialisés.
Nairobi tente de faire évoluer cette structure. La nouvelle politique de la filière prévoit notamment de soutenir le conditionnement local, les marques kényanes et les thés de spécialité. La taxe sur le thé entrée en vigueur en mai 2026 doit également financer la promotion commerciale, la recherche et les infrastructures, tandis que certains produits transformés bénéficient d’exemptions destinées à encourager la valeur ajoutée.
La ZLECAf comme laboratoire
L’Afrique pourrait alors servir simultanément de débouché et de terrain de transformation du modèle kényan. Des marchés continentaux figurent déjà parmi les destinations du thé transformé : Soudan, Somalie, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Ghana ou Mali achètent notamment des produits à plus forte valeur ajoutée.
L’enjeu consiste désormais à élargir cette présence. Cela suppose non seulement de réduire les barrières commerciales, mais aussi d’adapter les produits aux habitudes de consommation locales et de disposer de circuits capables de les acheminer à des coûts compétitifs.
Pour le Kenya, la bataille du thé africain ne se résume donc pas à vendre davantage de feuilles sur le continent. Elle consiste à utiliser le marché africain pour diversifier les risques, rapprocher les producteurs des consommateurs et conserver une part plus importante de la valeur créée entre la plantation et la tasse. La ZLECAf offre le cadre. Reste à transformer cette promesse commerciale en débouchés durables pour les producteurs kényans.
La Rédaction
Sources : Africa Tea Convention & Exhibition ; Kenya State Department for Economic Planning ; Tea Board of Kenya ; Kenya News Agency.

