Le général Abdourahamane Tiani a franchi un cap décisif. En validant jeudi les recommandations des Assises nationales, il officialise une transition de cinq ans renouvelable et la dissolution des partis politiques. Sous couvert de refondation, le chef du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) s’octroie un pouvoir sans précédent, remodelant en profondeur le paysage politique nigérien.
Une transition taillée sur mesure
Présentée comme une « refondation nécessaire », cette transition prolonge indéfiniment le règne militaire amorcé après le coup d’État de 2023. Devant un parterre de dignitaires, d’anciens présidents et de représentants de l’Alliance des États du Sahel, Tiani s’est engagé à appliquer ces décisions « sans aucune faiblesse ».
« Je m’engage solennellement à concrétiser cet espoir pour le bonheur du peuple nigérien », a-t-il déclaré, vantant une démarche « inédite et historique ». Pourtant, derrière les discours sur la souveraineté et la stabilité, c’est bien un verrouillage du pouvoir qui s’opère, reléguant toute opposition aux marges du débat politique.
Un État sous contrôle total
Les Assises nationales, qui ont réuni plus de 700 délégués pendant cinq jours, ont servi de cadre à cette refonte institutionnelle. Au programme : dissolution des partis, recentralisation de l’État, et renforcement du contrôle sur les ressources naturelles. Le général Tiani a notamment insisté sur la nécessité de « sécuriser les intérêts stratégiques du Niger » en encadrant l’exploitation des richesses nationales.
Dans son discours, il a également salué les forces de défense et de sécurité, les élevant au rang de garantes du nouvel ordre politique. « Qu’elles sachent que les Nigériens leur sont reconnaissants », a-t-il martelé, consolidant ainsi un régime où l’armée occupe désormais une place centrale.
Une opposition muselée ?
Si Tiani affirme vouloir un « consensus national », la dissolution des partis politiques soulève de vives inquiétudes. En neutralisant les structures d’opposition, le CNSP se dote d’une mainmise totale sur la transition, avec la possibilité de prolonger son mandat au-delà des cinq ans annoncés.
Dans un ultime appel, le chef du régime invite ceux qui n’ont pas encore contribué aux Assises à « s’exprimer dans les semaines à venir ». Un geste inclusif ou une tentative d’absorber les voix discordantes ? Une chose est sûre : en s’octroyant le pouvoir pour cinq ans sans contrepoids, Tiani redéfinit les règles du jeu politique au Niger.
La Rédaction

