Alors qu’un fragile cessez-le-feu a été établi entre les États-Unis et les Houthis, ces derniers multiplient les attaques contre Israël, illustrant un paradoxe stratégique : le calme avec Washington a libéré leurs mains contre Tel-Aviv. Entre le 21 et le 23 mai 2025, trois missiles ont été tirés en direction d’Israël, tous interceptés, mais suffisamment menaçants pour forcer des millions de civils israéliens à se réfugier dans des abris.
Le mirage d’un front direct
Peut-on sérieusement envisager une guerre israélienne contre les Houthis sur le territoire yéménite ? La réponse est non. Israël n’a ni la profondeur logistique, ni les alliances régionales solides, ni la capacité militaire de maintenir une présence au Yémen, un pays historiquement fragmenté, dominé par des rivalités claniques et religieuses. Le territoire contrôlé par les Houthis est montagneux, isolé et renforcé par des années de guerre asymétrique. Pour Tsahal, cela reviendrait à ouvrir un nouveau front, alors que Gaza, le Liban-Sud et potentiellement la Syrie continuent d’absorber une grande partie de ses capacités opérationnelles.
Les Houthis : au service d’un axe idéologique
Le soutien affiché des Houthis à Gaza s’inscrit dans un axe chiite anti-israélien mené par l’Iran. En affirmant vouloir imposer un blocus maritime sur le port de Haïfa – une déclaration symbolique plus qu’efficace –, les Houthis capitalisent sur leur position géographique pour nuire à la liberté de navigation, stratégique pour Israël et ses partenaires occidentaux. Leur activisme est aussi une réponse directe au blocus imposé par Tel-Aviv à la bande de Gaza depuis mars 2025, qu’ils dénoncent comme une guerre totale contre le peuple palestinien.
L’effet boomerang de la guerre de Gaza
Plus Israël étend ses opérations militaires dans Gaza, plus il légitime aux yeux des Houthis une intensification de leur propre « guerre de solidarité ». Ces derniers cherchent à se positionner comme une avant-garde islamiste contre l’État hébreu, renforçant ainsi leur légitimité interne et leur stature régionale. Le cessez-le-feu avec les États-Unis, loin de les avoir affaiblis, a été interprété comme une victoire tactique qui a délié leurs mains contre Israël.
Une riposte limitée, une dissuasion affaiblie
Face à ces provocations, Israël reste bridé. Une riposte militaire contre le Yémen engagerait d’énormes risques diplomatiques et opérationnels. Et pourtant, chaque attaque oblige Tel-Aviv à renforcer sa posture défensive, mobiliser son système Dôme de fer et détourner des ressources précieuses. Si l’intensification des frappes se poursuit, la doctrine israélienne de dissuasion – fondée sur la rapidité, la force et la punition – pourrait perdre de sa crédibilité.
En réalité, le pouvoir de nuisance des Houthis est bien supérieur à leur puissance militaire. Leur stratégie est celle de l’asymétrie, du chaos exporté, de la solidarité armée.
Israël peut-il mener une guerre contre les Houthis au Yémen ? En théorie, oui. En pratique, non. Ce serait une aventure militaire coûteuse, sans issue claire, qui renforcerait davantage l’axe Téhéran-Sanaa que l’affaiblirait. En évitant l’escalade directe, Israël reconnaît ses limites géostratégiques… tandis que les Houthis, eux, en tirent une nouvelle forme de puissance.
La Rédaction

