Jakarta – À quelques jours de la fête de l’indépendance, célébrée chaque année le 17 août, le Conseil des oulémas d’Indonésie (MUI) a appelé les hommes à ne pas porter de vêtements féminins et les femmes à ne pas revêtir des tenues associées aux hommes pendant les festivités. L’institution religieuse considère désormais ces pratiques comme « haram », c’est-à-dire interdites au regard de l’islam.
Des traditions populaires dans le viseur
Dans de nombreuses localités indonésiennes, la fête nationale donne lieu à des concours, des défilés et des jeux collectifs. Il arrive notamment que des hommes jouent au football en robe ou en hijab, dans un registre volontairement comique, sans revendication liée à l’identité de genre.
Le MUI estime toutefois que ces mises en scène contreviennent à la charia et aux normes sociales. Sa Commission des fatwas affirme également vouloir empêcher ce qu’elle présente comme une campagne clandestine du mouvement qu’elle désigne sous l’acronyme « LGSP », pour « lesbiennes, gays, sodomie et obscénité ».
Une prise de position religieuse, pas une nouvelle loi
La portée de cette déclaration doit être précisée : le MUI exerce une influence importante dans la vie religieuse indonésienne, mais ses positions ne constituent pas automatiquement des lois de l’État. Un ancien ministre et spécialiste du droit constitutionnel, Mahfud MD, a d’ailleurs rappelé récemment que les demandes du Conseil concernant la criminalisation des comportements LGBT devraient passer par le processus législatif pour devenir juridiquement contraignantes.
Le débat dépasse donc largement les seules festivités du 17 août. Le MUI pousse depuis plusieurs mois en faveur d’un durcissement du cadre juridique entourant les questions LGBT.
Un climat déjà plus hostile
Cette offensive religieuse intervient alors que le gouvernement indonésien a classé, dans un règlement présidentiel adopté en octobre 2025, la « propagation de la culture LGBTQ » parmi les menaces non militaires auxquelles le pays doit se préparer. Le texte relève de la politique générale de défense et ne constitue pas, à lui seul, une loi pénale criminalisant les personnes LGBTQ.
Cette distinction n’empêche pas les associations de défense des droits humains de redouter une aggravation de la stigmatisation et des discriminations. Des chercheurs et militants estiment que ce type de formulation peut renforcer les pressions sociales et institutionnelles sur les personnes LGBTQ.
À l’approche du 17 août, le débat sur quelques robes portées pour rire pendant un match de football révèle ainsi une question beaucoup plus large : la place grandissante des normes religieuses dans la définition de ce qui est considéré comme acceptable dans l’espace public indonésien.
La Rédaction

