La neurochirurgie pédiatrique, selon le Dr Eelco Hoving, est un domaine où l’erreur n’est pas permise. Pour traiter des affections complexes comme les tumeurs cérébrales, les chirurgiens doivent souvent ouvrir le crâne pour analyser directement l’état du cerveau du patient. Lorsqu’une tumeur neurologique est suspectée, la situation est encore plus délicate. Les médecins ne peuvent pas toujours identifier la nature exacte de la tumeur avant d’effectuer une biopsie, un processus qui implique de retirer un fragment du crâne pour l’analyser en laboratoire. Ce n’est qu’une fois l’échantillon analysé que le diagnostic peut être posé, un processus qui prend généralement plusieurs jours.
Au Prinses Máxima, un des plus grands centres de recherche oncologique pédiatrique des Pays-Bas, Eelco Hoving dirige le service de neuro-oncologie. Lors de l’examen de la biopsie, deux méthodes sont utilisées pour étudier les tissus prélevés : le séquençage génétique et le profilage, qui permettent d’identifier la tumeur, mais ce processus peut prendre une semaine. Une autre technique, appelée « coupe rapide », consiste à trancher une fine section du tissu pour l’examiner immédiatement sous microscope, permettant de gagner du temps. Toutefois, bien que rapide, cette méthode est moins précise.
Cette incertitude crée une grande complexité pour les neurochirurgiens, qui doivent prendre des décisions critiques en fonction d’informations parfois partielles. Est-ce vraiment une tumeur ? Si oui, est-elle agressive, nécessitant une ablation immédiate, ou moins menaçante, permettant un traitement moins invasif ?
Une expérience marquante du Dr Hoving illustre les risques associés à ces choix. Lors d’une opération, la coupe rapide indiquait une tumeur maligne agressive, et une ablation radicale fut choisie. Cependant, le rapport final a révélé que la tumeur était en réalité bénigne, une erreur de diagnostic qui coûta au patient une perte de fonction motrice. Cette expérience a marqué un tournant dans la réflexion du Dr Hoving.
Afin de pallier ces limites, l’équipe de recherche du Prinses Máxima utilise désormais l’intelligence artificielle (IA) pour identifier les tumeurs en temps réel. Grâce au modèle Sturgeon, l’IA permet de reconnaître avec une précision de 90 % les tumeurs cérébrales en moins de 40 minutes, un laps de temps suffisant pour aider le chirurgien à prendre une décision éclairée sur la meilleure approche à adopter pendant l’intervention.
Ce projet, lancé en 2023, a vu le jour après une avancée technologique importante : l’introduction du séquenceur par nanopores, un appareil abordable capable de lire des brins d’ADN et de fournir des données précieuses pour mieux comprendre les caractéristiques moléculaires des tumeurs. Ainsi, l’IA devient un outil précieux pour les neurochirurgiens, en offrant des informations supplémentaires qui aident à prendre des décisions plus sûres et plus rapides, tout en réduisant les risques d’erreurs cliniques.
La Rédaction

