À New York, derrière les baies vitrées du siège des Nations unies, les apparences de transparence ont laissé place à une réalité plus rugueuse : celle d’un rapport de force mondial. Les 21 et 22 avril 2026, quatre candidats ont défilé pour tenter de succéder à António Guterres, dans un exercice devenu rituel — mais dont l’issue se joue ailleurs.
Car si ces auditions publiques donnent à voir une ONU ouverte, la désignation du futur secrétaire général reste, elle, enfermée dans les calculs du Conseil de sécurité des Nations unies, où cinq puissances disposent d’un droit de veto décisif.
Une audition, quatre visions d’un monde en crise
Face aux États membres, les candidats n’ont pas seulement présenté un programme : ils ont dû répondre à une question implicite, presque brutale — que peut encore l’ONU dans un monde fracturé ?
Entre guerre en Ukraine, crise à Gaza, instabilité au Soudan et affaiblissement du multilatéralisme, l’organisation apparaît fragilisée. Dans ce contexte, chaque intervention ressemblait moins à un discours qu’à une tentative de repositionnement stratégique de l’institution.
Michelle Bachelet, l’expérience… sous surveillance

Michelle Bachelet s’est avancée avec un capital politique solide : ancienne cheffe d’État, figure des droits humains, incarnation d’un possible tournant historique vers une première femme à la tête de l’ONU.
Mais derrière cette stature, les fragilités sont apparues clairement.
Ses positions passées sur les droits humains — notamment vis-à-vis de la Chine — continuent de susciter des tensions. À cela s’ajoutent des critiques venues des États-Unis et, plus récemment, la perte du soutien officiel de son propre pays.
👉 En filigrane de son audition, une question persistante : peut-elle survivre à un veto ?
Rafael Grossi, le diplomate des crises nucléaires

Rafael Grossi a joué une autre partition : celle du gestionnaire de crises globales.
Fort de son expérience à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique, il s’est positionné comme l’homme des situations extrêmes — Ukraine, Iran, prolifération nucléaire. Son discours, centré sur la sécurité internationale, résonne particulièrement dans un contexte de tensions entre grandes puissances.
Soutenu en coulisses par Washington, il incarne une option pragmatique.
Mais cette technicité peut aussi devenir une limite : à force d’incarner la gestion des crises, il peine à porter une vision politique globale susceptible de fédérer le Sud.
Rebeca Grynspan, la montée discrète

Rebeca Grynspan n’est pas la plus médiatique. Pourtant, son audition a confirmé ce que beaucoup pressentaient : sa force réside dans sa capacité à naviguer sans heurter.
À la tête de la Cnuced, elle a démontré une aptitude à négocier dans des contextes tendus, notamment autour des exportations de céréales en mer Noire. Son profil, moins clivant, séduit dans un système où l’acceptabilité prime souvent sur le charisme.
👉 Dans les couloirs, son nom circule comme celui d’un compromis possible.
Macky Sall, une candidature isolée

Macky Sall partait avec un argument : représenter l’Afrique, absente de ce poste depuis des décennies.
Mais la réalité diplomatique est plus sévère. Contesté dans son propre pays et sans soutien clair de l’Union africaine, il apparaît affaibli.
Son audition n’a pas suffi à inverser cette dynamique.
👉 Dans cette course, l’absence de base régionale solide est souvent rédhibitoire.
Derrière les discours, le poids du veto
Ces auditions ont confirmé une constante : la transparence affichée ne change pas la règle du jeu.
Le futur secrétaire général devra soit convaincre, soit ne pas déranger les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies — États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni.
Dans ce système, l’objectif n’est pas d’être le meilleur candidat, mais le moins contesté.
Une élection déjà orientée ?
Deux tendances lourdes se dégagent :
- la pression croissante pour nommer une femme à la tête de l’ONU
- la tradition non écrite favorisant un candidat d’Amérique latine
Ces deux dynamiques convergent… mais se heurtent aux rivalités géopolitiques.
Ce que ces auditions révèlent vraiment
Au-delà des performances individuelles, ces deux jours à New York ont surtout exposé une vérité plus large : l’ONU traverse une crise de crédibilité.
Entre paralysie face aux conflits majeurs et contestation du multilatéralisme, le prochain secrétaire général héritera d’une institution fragilisée.
Et la question centrale demeure entière :
👉 peut-il réellement réformer l’ONU… ou devra-t-il simplement gérer son déclin ?
Une bataille qui ne fait que commencer
Les auditions closes, le processus entre désormais dans sa phase la plus opaque : celle des négociations diplomatiques et des votes informels.
Le nom du successeur de António Guterres ne sera connu qu’à la fin de l’année. Mais une chose est déjà certaine : la décision finale ne se jouera pas sur scène, mais dans l’ombre des équilibres de puissance.
La Rédaction

