Officiellement bannie depuis plus de soixante ans, la dot continue pourtant de briser des milliers de vies en Inde. Derrière cette pratique censée assurer le bien-être des mariées, se cache une marchandisation cruelle où les femmes deviennent des enjeux économiques, parfois au prix de leur vie.
Une interdiction qui n’a rien changé
Depuis 1961, la loi indienne interdit la dot, une pratique qui consiste à offrir une somme d’argent ou des biens à la famille du mari lors du mariage. Pourtant, cette interdiction n’a pas fait disparaître la tradition, bien au contraire : elle a simplement pris des formes plus insidieuses. Aujourd’hui encore, la dot reste une norme dans de nombreuses régions du pays, et son absence peut compromettre un mariage ou, pire, condamner une femme à des violences inouïes.
Chaque année, des milliers de femmes sont victimes de ce système : brûlées vives, battues à mort ou poussées au suicide par des maris et belles-familles insatisfaits du montant reçu. Selon les données officielles, environ 7 000 meurtres liés à la dot sont recensés chaque année, un chiffre probablement en deçà de la réalité tant le phénomène est enraciné dans le silence et la peur.
Quand le mariage devient une transaction
Si la dot devait, à l’origine, garantir la sécurité économique de la mariée, elle est aujourd’hui devenue un marché où les familles rivalisent d’exigences. Ingénieur, médecin ou fonctionnaire, chaque profession a son « tarif », et les négociations commencent bien avant les fiançailles. Plus un homme est jugé « éligible », plus sa famille réclame une dot élevée, transformant le mariage en une transaction où la femme n’est qu’une monnaie d’échange.
Cette logique marchande renforce la perception des filles comme un fardeau financier. De nombreuses familles préfèrent ainsi investir dans la dot plutôt que dans l’éducation de leurs filles, persuadées que leur avenir dépend avant tout d’un bon mariage. Dans les cas extrêmes, certaines pratiquent encore l’infanticide féminin, éliminant dès la naissance celles qui seront un jour une charge économique.
Une impunité qui encourage la violence
Malgré les lois existantes, les poursuites judiciaires restent rares et les coupables sont souvent protégés par un système patriarcal complice. Les victimes, elles, se heurtent à l’indifférence des autorités et au poids des traditions. Porter plainte contre son mari ou sa belle-famille, c’est risquer l’exclusion sociale, voire la réprobation de sa propre famille. Beaucoup préfèrent alors subir en silence, quand elles ne sont pas tout simplement éliminées.
Si certaines campagnes de sensibilisation ont vu le jour, elles peinent à modifier les mentalités. Le combat contre la dot ne se résume pas à une simple question légale : il exige une transformation en profondeur des structures économiques et sociales du pays. Tant que le mariage restera un marché où la valeur d’un homme se mesure à la dot qu’il exige, et celle d’une femme au montant qu’elle apporte, la violence continuera.
La solution passe par l’éducation et l’émancipation économique des femmes, mais aussi par un changement radical des mentalités. Tant que la société indienne continuera de considérer le mariage comme un investissement et non comme une union entre égaux, les tragédies liées à la dot persisteront.
La Rédaction

