En Sierra Leone, un phénomène terrifiant secoue les communautés : des meurtres de civils, souvent des enfants, perpétrés pour fournir des parties du corps à des praticiens de rituels de magie noire ou « juju ». Malgré la gravité de ces crimes, l’impunité reste la norme, et les familles des victimes vivent dans la peur et le désespoir. Une enquête de BBC Africa Eye révèle l’ampleur et le fonctionnement de ce commerce clandestin.
Le drame des victimes
Papayo, un garçon de 11 ans, est l’une des victimes emblématiques. Parti vendre du poisson au marché, il n’est jamais revenu. Son corps a été retrouvé mutilé : ses organes vitaux, ses yeux et un bras avaient été prélevés. Sa mère, Sallay Kalokoh, déplore l’absence de poursuites et dénonce l’impunité qui règne dans son pays. Des cas similaires, comme celui de Fatmata Conteh, coiffeuse et mère de famille assassinée à Makeni, illustrent l’ampleur du problème.
Un trafic orchestré par des praticiens de juju
Des individus se présentant comme guérisseurs traditionnels proposent des organes humains à des fins rituelles, promettant prospérité et pouvoir à leurs clients. Certains se vantent d’avoir des contacts influents à travers l’Afrique de l’Ouest. L’enquête de BBC Africa Eye a permis d’infiltrer ces réseaux, exposant des lieux isolés où se pratiquent ces rituels et où des crânes et autres éléments humains sont conservés pour des sacrifices. Les praticiens estiment qu’une femme « coûte » environ 70 millions de leones pour un rituel, révélant l’ampleur commerciale de ces actes.
Difficultés d’enquête et contexte culturel
La Sierra Leone souffre d’un manque criant de ressources policières et judiciaires, avec seulement un médecin légiste pour près de 9 millions d’habitants. La croyance en la sorcellerie est profondément ancrée, même chez certains agents de police, ce qui freine les enquêtes. La plupart des meurtres rituels restent non classés ou mal rapportés, et environ 90 % des auteurs ne sont jamais appréhendés, selon des chercheurs spécialisés.
Rôle des guérisseurs traditionnels
Les guérisseurs traditionnels jouent un rôle central dans la société, fournissant des soins à base de plantes et des traitements pour les troubles psychiques, mais certains praticiens « diaboliques » exploitent ces croyances pour commettre des crimes. Sheku Tarawallie, président du Conseil des guérisseurs traditionnels, dénonce ces pratiques et collabore avec la police pour identifier et arrêter les coupables, tout en soulignant la nécessité de protéger l’image de la majorité des guérisseurs honnêtes.
Cas judiciaires récents
Un raid policier à Waterloo, banlieue de Freetown, a permis l’arrestation d’Idara et de deux complices pour sorcellerie et possession d’armes traditionnelles utilisées dans des sacrifices rituels. Des ossements et des cheveux humains ont été retrouvés sur place. Ces arrestations montrent les efforts limités mais existants pour démanteler ces réseaux, bien que la lenteur des procédures judiciaires et la libération sous caution des suspects reflètent les obstacles persistants à la justice.
Le trafic d’organes humains pour des rituels de magie noire en Sierra Leone est un phénomène complexe mêlant croyances culturelles, pauvreté et criminalité organisée. Les familles des victimes restent dans l’angoisse face à l’impunité et aux lenteurs de la justice. La sensibilisation, la coopération avec les guérisseurs traditionnels et le renforcement des capacités policières apparaissent essentiels pour protéger les communautés et lutter contre ce commerce macabre.
La Rédaction

