Revendiquer le nom par lequel une communauté se reconnaît ne signifie pas nécessairement se mettre à distance de la nation. C’est toute la subtilité de la démarche portée par des responsables mahi au Togo : obtenir une meilleure reconnaissance de leur identité dans les répertoires administratifs tout en inscrivant cette singularité dans une appartenance togolaise commune.
La question a resurgi à l’occasion de la deuxième édition du Festival identitaire et culturel Mahi-Togo, organisée samedi 29 août à Lomé. Les responsables de la communauté y ont notamment regretté que l’appellation « Mahi » ne soit pas reconnue comme telle dans certains documents ou répertoires administratifs, où ils disent être assimilés aux Fon.
Leur demande ne porte donc pas sur une reconnaissance territoriale séparée, mais sur la possibilité d’être désignés administrativement conformément à l’identité qu’ils revendiquent.
Reconnaître la différence sans créer de distance
Derrière cette demande apparaît une question plus large : jusqu’où l’administration doit-elle refléter la diversité culturelle d’un pays ?
Les responsables mahi affirment que leur communauté est implantée depuis plusieurs siècles au Togo et compte de nombreuses localités dans les Plateaux, notamment dans l’Ogou et l’Anié. Atchinédji figure bien parmi les six cantons administrativement recensés dans la préfecture de l’Anié.
La revendication actuelle s’inscrit par ailleurs dans une démarche identitaire déjà ancienne. En 2022, lors de retrouvailles mahi à Gléi, des responsables locaux insistaient déjà simultanément sur la promotion de leur identité culturelle et sur leur appartenance au Togo.
Cette articulation est essentielle. Reconnaître une identité culturelle ne devrait pas conduire à enfermer un citoyen dans celle-ci. Un Togolais peut être Mahi, Ewé, Kabyè, Tem, Ifè ou appartenir à toute autre communauté sans que cette composante culturelle ne prenne le pas sur sa citoyenneté.
La diversité comme composante de l’unité
Pour l’État, l’équilibre est délicat. Une nomenclature administrative suffisamment précise peut permettre de mieux représenter la diversité du pays. Mais la reconnaissance des particularités doit continuer de servir une même communauté nationale, plutôt que produire de nouvelles frontières symboliques entre citoyens.
Le ministère chargé de l’Administration territoriale inscrit d’ailleurs parmi ses missions la préservation des équilibres socioculturels et la promotion de la citoyenneté, deux dimensions qui ne devraient pas être contradictoires.
La demande exprimée par les Mahi offre ainsi matière à une réflexion qui les dépasse. Préserver ce qui distingue n’oblige pas à affaiblir ce qui rassemble. On peut vouloir être reconnu comme Mahi dans sa singularité culturelle tout en se définissant, avant tout, par une citoyenneté commune : togolaise.
La Rédaction

