Jean-Paul Blachère s’est éteint dans la nuit du 24 décembre2025, à l’aube du jour de Noël, à Dakar, sur cette terre africaine qu’il aimait profondément. Son départ, à une date chargée de sens, marque la disparition d’un entrepreneur visionnaire et d’un acteur majeur du soutien à la création contemporaine.
Fondateur de Blachère Illumination et de la Fondation Blachère, Jean-Paul Blachère a consacré sa vie à la lumière, entendue à la fois comme matière, comme langage et comme lien entre les peuples. À travers son entreprise comme à travers son engagement culturel, il a défendu une vision généreuse et exigeante de la création, attentive aux artistes et ouverte sur le monde.
Son parcours, profondément marqué par l’Afrique, a contribué à faire émerger, accompagner et reconnaître de nombreuses voix de l’art contemporain africain, inscrivant durablement son action dans le paysage culturel international.


La Fondation Blachère : un pont entre les continents
La Fondation Blachère est née d’une conviction simple et forte : l’art contemporain africain mérite d’être regardé, écouté et accompagné pour ce qu’il est, dans toute sa diversité et sa vitalité. Jean-Paul Blachère a voulu créer un espace où les artistes du continent puissent travailler librement, sans assignation ni exotisme. Installée d’abord en France, la Fondation s’est progressivement tournée vers l’Afrique, affirmant un ancrage clair et assumé. Elle s’est pensée comme un lieu de circulation des idées, des formes et des regards, reliant les artistes africains aux institutions culturelles, aux professionnels de l’art et aux publics, au-delà des frontières géographiques et mentales. À travers des résidences de création, des expositions et des programmes d’accompagnement, la Fondation a offert aux artistes des conditions de travail exigeantes et respectueuses. Elle a favorisé le temps long, la recherche et l’expérimentation, loin des logiques de consommation rapide de l’art. La Fondation Blachère n’a jamais imposé une ligne esthétique unique. Elle a soutenu des démarches singulières, parfois audacieuses, parfois fragiles, toujours ancrées dans une réflexion contemporaine. Elle a permis à des voix multiples de s’exprimer, reflétant la complexité des sociétés africaines d’aujourd’hui. En créant des passerelles durables entre l’Afrique, l’Europe et d’autres espaces culturels, la Fondation a contribué à modifier les regards portés sur l’art africain contemporain. Elle a participé à son inscription légitime dans les grandes conversations artistiques internationales, sans en altérer la force propre.


Exposition Bandiagara – un hommage qui perdure
En 2024, la Fondation Blachère a organisé l’Exposition Bandiagara, un événement majeur de l’art contemporain africain. JeanPaul Blachère, dans son mot du collectionneur, expliquait : « Cette exposition est aussi pour moi un hommage à ces artistes qui nous ont quittés ces dernières années et qui ont été les initiateurs de l’art contemporain. Ils m’ont ouvert le cœur et l’esprit sur leur monde et leurs mythes, sans eux cette collection n’aurait pas eu la même dimension. »
L’exposition a rassemblé des œuvres d’artistes venus de tout le continent : Kossi Assou (Togo), Cheikhou Ba (Sénégal), Andries Botha (Afrique du Sud), Frédéric Bruly Bouabré (Côte d’Ivoire), Amadou Camara Gueye (Sénégal), Diagne Chanel (France), Moustapha Dimé (Sénégal), Amahiguéré Dolo (Mali), Sokey Edorh(Togo), Douts Ndoye (Sénégal), Niko (Bénin), Souleymane Keita (Sénégal), Abdoulaye Konaté (Mali), Jems Robert Kokobi (Côte d’Ivoire), Siriky Ky (Burkina Faso), Franck Lundangi (Angola), Hassan Slaoui (Maroc), Ousmane Sow (Sénégal), Tchif (Bénin), Freddy Tsimba (RDC).

Aujourd’hui, alors que JeanPaul Blachère nous a quittés, cette exposition prend une dimension encore plus symbolique. Elle illustre la vision qui a guidé toute sa vie : faire reconnaître et célébrer les artistes africains, leur offrir une scène internationale et transmettre au public la richesse et la diversité de leur création. L’Exposition Bandiagara n’est plus seulement un événement artistique : elle devient un hommage vivant à son engagement et à son héritage. Elle rappelle que l’action de JeanPaul Blachère continue à travers la Fondation, ses projets et les artistes qu’il a soutenus. Chaque œuvre exposée, chaque regard qui s’ouvre sur l’art africain contemporain, prolonge la lumière qu’il a su transmettre tout au long de sa vie.


Un héritage vivant
L’héritage de Jean-Paul Blachère ne se mesure pas seulement en œuvres exposées ou en projets menés. Il se lit dans les trajectoires d’artistes qu’il a soutenus avec constance et respect. Il se reconnaît dans les voix qu’il a aidées à se faire entendre. Par son engagement, il a offert des espaces de création libres, où l’artiste pouvait travailler sans renoncer à son identité ni à sa parole. Il a permis à de nombreuses démarches artistiques de se déployer dans la durée, loin des regards superficiels et des attentes formatées. Son action a contribué à inscrire l’art contemporain africain dans une histoire vivante, ancrée dans le présent et tournée vers l’avenir. Il a encouragé des formes d’expression exigeantes, parfois dérangeantes, toujours sincères. À travers la Fondation, son esprit continue d’agir. Les résidences, les expositions et les rencontres qu’il a initiées demeurent des lieux de transmission, de dialogue et de réflexion. Elles perpétuent une vision de l’art comme espace de liberté et de responsabilité.


Jean-Paul Blachère laisse une trace durable. Une trace faite de confiance, d’écoute et de fidélité aux artistes. Son héritage se poursuit chaque fois qu’une œuvre trouve sa place, chaque fois qu’un regard s’ouvre, chaque fois que la création éclaire le monde.
Richard Laté Lawson-Body

