L’administration Trump a tranché : plus de 11 000 réfugiés afghans verront leur statut de protection temporaire (TPS) révoqué à partir du 12 juillet. Une décision brutale, justifiée par une supposée amélioration des conditions sécuritaires en Afghanistan — mais largement contestée par les ONG et les anciens militaires américains.
Un retour forcé, malgré les risques
Kristi Noem, ministre de la Sécurité intérieure, a défendu cette révocation en affirmant que « la situation sécuritaire s’est stabilisée » et que les Afghans « peuvent désormais retourner dans leur pays ». Selon elle, cette mesure répond également à des « préoccupations de sécurité nationale », certains bénéficiaires ayant fait l’objet « d’enquêtes pour fraude ou menaces à la sûreté publique ».
Une affirmation que de nombreuses organisations réfutent catégoriquement. Pour Shawn VanDiver, vétéran et directeur de l’ONG AfghanEvac, « cette décision met fin à des protections vitales pour ceux qui ont risqué leur vie aux côtés des forces américaines. Elle ne reflète pas la réalité afghane mais une volonté politique ».
Un Afghanistan invivable
Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, le pays s’est enfoncé dans une crise humanitaire sans précédent. L’ONU classe l’Afghanistan comme la deuxième urgence mondiale après le Soudan. La faim touche près de 15 millions d’habitants et un quart des jeunes sont sans emploi. À cela s’ajoute la suspension de l’aide américaine décidée en janvier, privant Kaboul de son principal soutien économique.
Sur place, les témoignages font état d’assassinats ciblés, de disparitions, de répression féroce contre les femmes et les minorités. Pour de nombreux experts, il est donc illusoire de considérer l’Afghanistan comme un pays sûr pour y renvoyer des réfugiés.
Un coup de grâce à l’honneur américain ?
Le retrait du TPS n’est pas qu’une décision administrative : il marque une rupture morale. Beaucoup des Afghans concernés ont servi d’interprètes, de guides ou de soutiens logistiques aux troupes américaines. « En les renvoyant maintenant, nous leur tournons le dos », résume amèrement un ancien diplomate.
Cette mesure s’inscrit dans une ligne dure impulsée par Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration un pilier de sa politique. Il n’a cessé de dénoncer une « invasion » d’étrangers et d’agiter la peur d’une criminalité importée, malgré des données souvent contestées. Mais sur le terrain judiciaire, ses projets de grande envergure ont été freinés par de nombreux recours.
À quelques mois d’élections cruciales, cette décision résonne comme un signal adressé à sa base électorale — au prix, peut-être, d’un abandon aux conséquences humaines incalculables.
La Rédaction

