L’histoire des bustes africains du château royal de Blois, longtemps oubliés dans les réserves, éclaire des pans méconnus de l’ethnologie et de la traite des esclaves dans l’océan Indien. Découverts en 2018 par Klara Boyer-Rossol, une historienne spécialisée dans les recherches sur l’esclavage, ces 53 bustes en plâtre ont révélé des secrets fascinants sur leur origine et leur contexte historique.
Ces moulages, réalisés par l’ethnologue Eugène Huet de Froberville au milieu du XIXe siècle, représentent des captifs africains déportés à Maurice et La Réunion entre 1810 et 1830. Ils furent initialement catalogués à tort comme venant d’Afrique orientale, mais Boyer-Rossol, en étudiant les carnets de l’ethnologue, a découvert qu’ils provenaient des îles Mascareignes. En fouillant les archives familiales de Froberville, elle a découvert une vaste collection de notes manuscrites documentant les récits des captifs, leurs coutumes, et même des vocabulaires de 31 groupes sociolinguistiques.
L’un des secrets les plus poignants révélés par ces bustes est que les noms de leurs sujets étaient cachés à l’arrière des moulages. Boyer-Rossol a ainsi pu redonner une identité à 49 d’entre eux, des hommes et des femmes issus de divers groupes ethniques d’Afrique de l’Est. Parmi eux, des figures remarquables comme Liuniko, un captif devenu esclave à Maurice et reconnu pour son intelligence et sa culture, ont vu leur histoire ressortir de l’oubli.
Ces bustes, moulés parfois contre la volonté des captifs et dans un contexte empreint des préjugés raciaux de l’époque, conservent néanmoins une part tangible de leur humanité. Ils contiennent encore des traces de cheveux et de cils de ces individus, ajoutant une dimension profondément émotive à ces reliques historiques.
L’exposition prévue en 2025 à Maurice offrira aux descendants de ces captifs, dont certains portent encore le nom de « Lily », une occasion de renouer avec leurs racines. Boyer-Rossol espère que ces bustes pourront également être exposés au Mozambique et à La Réunion, créant ainsi un pont entre le passé et le présent pour honorer la mémoire de ces ancêtres déportés.
Cette redécouverte des bustes de Blois souligne l’importance de la recherche historique dans la restitution de la dignité et de l’identité à ceux qui ont été effacés par l’histoire coloniale.
La Rédaction

