Alors que la question des réparations pour l’esclavage gagne en intensité sur la scène internationale, les États caribéens s’apprêtent à porter leur combat directement au Royaume-Uni. Une délégation de la Commission des réparations de la CARICOM ouvre cette semaine à Londres une série d’entretiens destinés à replacer les responsabilités historiques au centre des relations entre les deux régions.
Un dialogue stratégique pour sortir le passé du silence
Durant quatre jours — Et ce depuis le jusqu’au 20 novembre — les représentants de la CARICOM rencontreront parlementaires, responsables institutionnels et acteurs de la société civile britannique. Objectif : rappeler l’ampleur des crimes de la traite transatlantique et exiger une réponse politique concrète face aux séquelles encore visibles dans les sociétés caribéennes.
Entre le XVe et le XIXe siècle, plus de 12,5 millions d’Africains ont été arrachés à leur terre, déportés par les puissances européennes et vendus comme esclaves. Une mécanique coloniale à laquelle le Royaume-Uni a largement participé, même si un sondage réalisé en 2025 révèle que 85 % des Britanniques ignorent que leur pays a envoyé de force plus de trois millions d’Africains vers les territoires caribéens.
Un mouvement global qui se structure
Depuis plusieurs années, la revendication de réparations a pris de l’ampleur, soutenue par les gouvernements de la CARICOM — qui regroupe 15 États, dont la Barbade et la Jamaïque — mais aussi par l’Union africaine. Le plan caribéen, déjà consolidé, appelle à :
• des excuses officielles des anciennes puissances esclavagistes
• des programmes éducatifs massifs
• l’annulation des dettes héritées de l’ère coloniale
• des compensations financières
L’Union africaine prépare parallèlement son propre cadre de réparations, dans l’espoir d’un front commun afro-caribéen.
Entre résistance européenne et évolution politique
Face à ces demandes, une partie des gouvernements européens maintient une ligne de refus, estimant que les institutions actuelles ne peuvent être tenues pour responsables de crimes historiques. Le Premier ministre britannique Keir Starmer déclarait encore l’an dernier vouloir « regarder vers l’avenir » plutôt que d’ouvrir des discussions « interminables ».
Pourtant, lors du sommet du Commonwealth à Samoa, les 56 États membres dirigés symboliquement par le roi Charles ont acté dans leur communiqué final qu’il était « temps d’entamer une discussion » sur la question. Un tournant politique qui ouvre un espace, certes fragile, à des négociations internationales.
Londres, nouveau théâtre d’un débat inévitable
La mission de la CARICOM vise à renforcer des alliances universitaires, diplomatiques et citoyennes, tout en installant la question des réparations dans le débat public britannique. Derrière cet effort, un constat partagé : les conséquences de l’esclavage — racisme structurel, inégalités économiques, fractures sociales — demeurent profondément ancrées.
Pour les pays caribéens, le moment est venu de passer d’un plaidoyer historique à une stratégie globale. Et Londres, épicentre de l’ancien empire britannique, devient aujourd’hui l’un des lieux clés où cette conversation mondiale pourrait enfin trouver une traduction politique.
La Rédaction

