À l’ouverture de la 61e session du Conseil des droits de l’homme à Genève, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a dressé un constat sévère : partout dans le monde, la primauté du droit recule au profit de la « loi du plus fort ». Selon lui, les droits humains sont désormais attaqués ouvertement, souvent par ceux qui détiennent le plus grand pouvoir politique, militaire ou économique.
Une offensive assumée contre les droits fondamentaux
Dans ce qui pourrait être l’un de ses derniers discours devant l’organe onusien, António Guterres a dénoncé une dynamique globale où les normes internationales sont traitées comme facultatives. « Lorsque les droits humains s’effritent, tout le reste s’écroule », a-t-il averti.
Il a pointé plusieurs crises majeures : la guerre menée par la Russie en Ukraine, qui a fait plus de 15 000 morts civils en quatre ans, la situation dans les territoires palestiniens occupés, ou encore les conflits au Soudan, en République démocratique du Congo et dans le Sahel.
Le chef de l’ONU a également dénoncé un recul démocratique marqué par la restriction de l’espace civique, la répression des manifestations – notamment en Iran – et l’érosion progressive des institutions garantes des libertés publiques.
Le multilatéralisme sous pression
Face à ces dérives, António Guterres a rappelé que les droits humains ne sauraient être « un menu à la carte ». Il a appelé à défendre la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l’homme et les instruments juridiques internationaux sans sélectivité politique.
Il a plaidé pour un renforcement des institutions internationales, évoquant notamment la réforme du Conseil de sécurité et de l’architecture financière mondiale. Il a aussi exhorté les États à soutenir la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale, piliers du droit international.
Mise en garde contre la suprématie et la domination
Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, a abondé dans le même sens, évoquant un « retour de la domination et de la suprématie » dans les relations internationales. Il a dénoncé des dirigeants qui se considèrent « au-dessus des lois », utilisent leur influence économique comme levier politique et recourent à la désinformation pour marginaliser leurs opposants.
De son côté, la Présidente de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock, a lancé un appel à la responsabilité collective. Selon elle, les systèmes internationaux ne s’effondrent pas brutalement : ils s’érodent progressivement, dans l’indifférence et le silence.
Un choix décisif
Au cœur de ces interventions, un même message : l’inaction est un choix, mais l’action l’est aussi. Dans un monde marqué par la rivalité des puissances et la fragilisation du multilatéralisme, la défense des droits humains apparaît plus que jamais comme une ligne de fracture décisive.
La Rédaction

