Après plus de dix ans sans élections générales, Haïti a fixé au 13 décembre 2026 le premier tour des scrutins présidentiel et législatif. L’ouverture des inscriptions électorales marque une avancée politique réelle, mais la violence armée, les déplacements massifs et l’affaiblissement de l’État rendent encore incertaine la tenue d’un vote crédible sur l’ensemble du territoire.
Haïti tente de renouer avec les urnes. Le Conseil électoral provisoire a programmé le premier tour des élections présidentielle et législatives au 13 décembre 2026, avant un éventuel second tour le 21 février 2027. Les résultats définitifs sont attendus au début du mois de mars. Ce scrutin serait le premier organisé dans le pays depuis une décennie.
Le processus n’est plus seulement une promesse politique. Les opérations d’inscription ont commencé dans plusieurs départements, puis dans certains quartiers de Port-au-Prince à partir du 30 juillet. Dix centres ont notamment ouvert dans des zones de la capitale considérées comme relativement sûres.
Cette avancée intervient néanmoins dans un pays dont une partie importante du territoire échappe toujours à l’autorité publique.
Une date fixée, mais aucune garantie
Le calendrier électoral reste explicitement lié à une amélioration de la sécurité et à la mobilisation de financements suffisants. Les autorités doivent également assurer la formation des agents électoraux, l’acheminement du matériel et l’ouverture de bureaux de vote dans des régions où les déplacements demeurent dangereux.
Les groupes armés contrôlent encore environ 70 % de Port-au-Prince, ainsi que plusieurs axes reliant la capitale aux départements du Centre et de l’Artibonite. Or, plus de la moitié de l’électorat haïtien vit dans ces trois régions. Une élection organisée sans accès réel à ces territoires risquerait donc d’écarter une fraction considérable de la population.
La question n’est ainsi plus seulement de savoir si Haïti peut organiser un vote à la date annoncée, mais quel degré de représentativité et de crédibilité ce scrutin pourrait atteindre.
Un pays sans institutions élues
La crise politique s’est aggravée après l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Depuis, Haïti ne dispose ni de président élu ni de Parlement fonctionnel.
Le Conseil présidentiel de transition a quitté le pouvoir en février 2026 au terme de son mandat. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le Conseil des ministres exercent depuis la responsabilité de l’exécutif, dans le cadre d’une période intérimaire censée être consacrée à la sécurité, à la préparation des élections et au redressement économique.
Le scrutin de décembre est donc présenté comme la voie nécessaire pour restaurer l’ordre constitutionnel. Il devra cependant être suffisamment inclusif pour ne pas prolonger la contestation de la légitimité des institutions.
La crise humanitaire complique le processus
L’organisation des élections se heurte également à une situation humanitaire d’une ampleur exceptionnelle.
Près de 1,5 million de personnes ont été déplacées par les violences. Plus de 6,4 millions d’Haïtiens ont besoin d’une assistance humanitaire et près de six millions sont confrontés à une insécurité alimentaire sévère. Depuis le début de l’année, les violences des gangs ont fait plus de 2 300 morts et 1 100 blessés, selon les chiffres communiqués par les Nations unies en juin.
De nombreux déplacés ont perdu leurs documents d’identité ou vivent loin de leur commune d’origine. Leur inscription sur les listes électorales, leur accès aux centres de vote et leur protection constituent autant de défis encore non résolus.
L’aide internationale demeure par ailleurs insuffisante. L’appel humanitaire de 880 millions de dollars lancé pour 2026 n’était financé qu’à environ un quart à la fin du premier semestre.
Quelques gains sécuritaires, mais un équilibre précaire
Les autorités haïtiennes et la force internationale soutenue par l’ONU ont repris certains secteurs proches du Palais national et renforcé leur présence dans plusieurs zones de Port-au-Prince. Le retour du Conseil des ministres au Palais national, après plus de trois années d’absence, a été présenté comme un signe de restauration progressive de l’État.
Ces résultats demeurent toutefois limités face à l’étendue des territoires contrôlés par les groupes armés. Les gangs continuent de menacer les routes, de recruter des enfants, d’imposer leur autorité aux populations et de perturber l’activité économique.
António Guterres a résumé l’enjeu en évoquant deux voies qui doivent avancer simultanément : le rétablissement de la sécurité et la création des conditions nécessaires à des élections transparentes. La date définitive ne pourra être réellement garantie que si ces deux processus progressent de manière suffisante.
Un scrutin entre nécessité et risque
Haïti a besoin d’élections pour sortir d’une succession de pouvoirs provisoires et rétablir des institutions légitimes. Mais un vote organisé trop tôt, dans des territoires fragmentés et sous la menace des armes, pourrait également produire une nouvelle crise.
Le 13 décembre représente donc à la fois un espoir et une épreuve. Pour que ce rendez-vous ouvre réellement une nouvelle étape, il ne suffira pas d’installer des urnes. Il faudra permettre aux Haïtiens de s’inscrire, de faire campagne et de voter sans que les gangs décident, par la violence ou le contrôle territorial, de ceux qui pourront participer à l’avenir politique du pays.
La Rédaction
Sources
- Conseil électoral provisoire d’Haïti.

