Alors que le commerce mondial tangue sous les secousses géopolitiques, l’historien Tobias Straumann lance une affirmation tranchante : « C’est la Chine qui a commencé la première à saper l’ordre commercial mondial. » Pour ce professeur de l’Université de Zurich, l’affrontement économique entre Pékin et Washington n’est ni un malentendu ni une simple guerre de tarifs. C’est un bras de fer idéologique et structurel qui menace de redessiner durablement les règles du jeu.
Pékin, coupable désigné
Selon Straumann, la Chine a progressivement contourné les règles établies de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), exploitant ses avantages industriels tout en limitant sévèrement l’accès à son marché. Subventions massives, transferts de technologies forcés, protectionnisme rampant : autant de pratiques qui ont mis les économies occidentales sur la défensive. Pour l’historien, la colère américaine ne naît donc pas de l’idéologie trumpienne, mais d’un déséquilibre de plus en plus insoutenable.
Trump, réaction brutale mais pas absurde
La réponse de Donald Trump a été brutale, certes, mais pas sans fondement, estime Straumann. En imposant des droits de douane à la Chine, l’ancien président a voulu briser une spirale jugée toxique pour l’industrie américaine. Là où le bât blesse, selon l’historien, c’est que Washington n’a pas su isoler sa cible. En s’en prenant également à ses alliés européens, Trump a sapé les alliances nécessaires à une stratégie coordonnée face à Pékin.
Vers un monde fragmenté
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement la querelle bilatérale. C’est l’ordre commercial mondial hérité des accords de Bretton Woods qui vacille. L’OMC, affaiblie, peine à arbitrer. Et l’idée même de libre-échange est remise en cause par la montée des logiques de souveraineté économique. L’historien entrevoit un monde « démondialisé » où les blocs régionaux (Amérique du Nord, Chine, Europe) commerceront selon des logiques de proximité et de méfiance, bien plus que de coopération.
L’Europe, partenaire malgré elle
Dans ce jeu d’ombres, l’Europe n’a guère de marge. Tiraillée entre son attachement au multilatéralisme et sa dépendance aux deux géants, elle tente de maintenir un équilibre fragile. Mais ce que Tobias Straumann souligne, c’est que la coopération transatlantique reste vitale, malgré les divergences. La Chine, en déstabilisant les normes du commerce mondial, pousse Washington et Bruxelles à réaffirmer une certaine unité stratégique – à condition que les maladresses des années Trump ne se répètent pas.
La Rédaction

