Le 7 janvier 2025, le leader du Mouvement Démocratique Libéral (MoDel), Mamadou Aliou Bah, a été condamné par un tribunal de Conakry à une peine de deux ans de prison ferme pour “offense et diffamation” à l’encontre de Mamadi Doumbouya, le chef de la junte au pouvoir. Cette décision survient après que l’opposant ait été accusé d’avoir exhorté les chefs religieux guinéens à sortir de leur silence concernant la situation politique et sociale du pays, tout en qualifiant le Comité National de Rassemblement pour le Développement (CNRD) d’“incompétent”.
Une affaire qui alimente la tension politique
L’arrestation d’Aliou Bah le 26 décembre 2024, alors qu’il se rendait en Sierra Leone, a marqué un tournant dans la répression des voix critiques en Guinée. Placé en détention préventive dès le 30 décembre, il a été jugé dans un climat tendu où les avocats de la défense ont qualifié le procès d’“instrumentalisation politique”. Selon eux, les accusations portées contre Aliou Bah s’inscrivent dans une série d’atteintes à la liberté d’expression et à la démocratie, une situation que les défenseurs des droits humains qualifient de “procès de la liberté d’opinion”.
Les autorités guinéennes, elles, considèrent le verdict comme une réponse nécessaire face à des propos jugés déstabilisants pour l’ordre public. Pourtant, cette condamnation soulève de nombreuses inquiétudes, tant au niveau national qu’international, concernant l’espace politique restreint sous le régime actuel. Aliou Bah n’est que l’un des nombreux opposants ayant fait l’objet de mesures répressives, un climat pesant qui a d’ailleurs vu l’arrestation ou la disparition de plusieurs figures de l’opposition ces derniers mois.
Un contexte de répression croissante
La condamnation d’Aliou Bah s’inscrit dans un cadre bien plus vaste de restrictions des libertés publiques en Guinée. Des opposants, comme les deux disparus en juillet 2024, ainsi que des journalistes, tels que Habib Marouane Camara arrêté en décembre, font face à un durcissement sans précédent du pouvoir militaire. Ce dernier a pris le contrôle du pays à la faveur du coup d’État de 2021, renversant le président Alpha Condé, mais s’est engagé depuis à une transition vers un gouvernement civil. Cependant, ce processus a pris du retard, provoquant des tensions croissantes au sein de la population et de la communauté internationale.
Les manifestations se multiplient à Conakry, souvent interdites et violemment réprimées. Les Guinéens, notamment au sein de l’opposition, appellent au départ des militaires, qui ont prolongé leur présence au pouvoir au-delà des échéances promises. Le mois de janvier 2025 marque ainsi une année clé pour le pays, avec des élections prévues, mais sans qu’une date précise ne soit fixée. Mamadi Doumbouya, dans ses vœux pour le Nouvel An, a annoncé que 2025 serait une “année électorale cruciale”, mais sans apporter de garanties quant à un retour à l’ordre constitutionnel.
La pression internationale et l’espoir d’un changement
Face à la situation, plusieurs acteurs internationaux, dont les États-Unis, ont exprimé leurs préoccupations. Le gouvernement américain a appelé la junte guinéenne à clarifier ses intentions, notamment en fixant un calendrier pour les élections et un référendum constitutionnel. “Il est crucial que la transition guinéenne passe à la vitesse supérieure”, ont insisté les autorités américaines, alors que le temps semble jouer contre la stabilité du pays.
La communauté internationale observe de près l’évolution de la Guinée, où les libertés fondamentales sont chaque jour davantage menacées. L’opposition, les journalistes et les défenseurs des droits humains espèrent encore un changement, mais celui-ci semble de plus en plus conditionné à la pression populaire et internationale face à un pouvoir militaire qui, jusqu’à présent, ne montre aucun signe d’assouplissement.
La Guinée est donc à un carrefour de son histoire, un moment où la promesse de démocratie se heurte à la réalité de l’autoritarisme militaire. Le procès d’Aliou Bah et sa condamnation viennent confirmer cette dérive inquiétante, exacerbant les divisions et poussant de nombreux Guinéens à se poser la question de leur avenir politique.
La Rédaction

