Afrique du Sud, Soudan, Maroc, Ghana, Banque mondiale… La semaine s’annonce décisive à Washington, où le Congrès américain tente de redéfinir sa politique africaine à l’heure du populisme trumpien et de la recomposition géopolitique mondiale.
Des sanctions ciblées contre l’Afrique du Sud et le Soudan
Le Congrès place l’Afrique du Sud et le Soudan dans son viseur. Le 22 juillet, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants doit voter deux projets de loi symboliques. Le premier exige une réévaluation complète des relations entre Washington et Pretoria. Il demande aussi l’identification de responsables sud-africains à sanctionner, notamment des membres du Congrès national africain (ANC), au pouvoir.
Le second projet, porté par le démocrate Gregory Meeks (New York), vise le Soudan. Il prévoit des sanctions contre les deux factions belligérantes : les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR), tout en appelant à un soutien américain à une force multinationale de maintien de la paix.
Le Maroc dans une dynamique stratégique
Une autre initiative pourrait profiter au Maroc. Un texte sur la défense dans le cadre des accords d’Abraham, proposé par le républicain Michael Lawler, vise à faciliter les ventes d’armes aux pays arabes ayant normalisé leurs relations avec Israël. Le Maroc, concerné, pourrait y gagner un accès plus rapide à certains équipements militaires, même si des contraintes budgétaires et industrielles persistent.
Populisme et développement en débat
Washington accueille également cette semaine la Conférence annuelle de la Banque mondiale sur l’économie du développement, en partenariat avec le Centre pour le développement mondial (CGD). Thème principal : « Le développement à l’ère du populisme ». Une interrogation pertinente alors que l’administration Trump continue de bousculer les financements destinés aux pays en développement.
Le programme comprend des interventions clés :
– Indermit Gill, économiste en chef de la Banque mondiale
– Masood Ahmed, président émérite du CGD
– Robert Zoellick, ex-président de la Banque mondiale
– Robin Renee Sanders, ex-ambassadrice au Nigeria
– Andrew Dabalen, économiste en chef pour l’Afrique
– Johan Swinnen, directeur de l’Institut de recherche sur les politiques alimentaires
Une session spéciale est prévue sur la croissance africaine, mardi 22 juillet au siège de la Banque mondiale, avant un déplacement de la conférence au CGD les 24 et 25 juillet.
Une réforme cruciale pour l’IDA
Autre temps fort : un vote attendu de la Chambre sur un projet visant à aligner le traitement réglementaire de l’IDA (Association internationale de développement) sur celui des autres banques multilatérales. Porté par Maxine Waters (Californie), le texte doit permettre à l’IDA de lever des fonds à moindre coût sur les marchés américains, au bénéfice des pays les plus pauvres.
Le Département d’État sous la loupe
Le mercredi 23 juillet, Allison Hooker, nouvelle sous-secrétaire d’État aux Affaires politiques, témoignera devant la commission des Affaires étrangères. Elle devra répondre aux critiques sur la réduction drastique de l’aide étrangère, décidée par l’administration Trump – notamment les 8,3 milliards de dollars supprimés, dont 361 millions pour les opérations de paix de l’ONU.
Le même jour, Gregory LoGerfo, coordinateur par intérim de la lutte contre le terrorisme, sera également auditionné.
Les Démocrates en contre-offensive
En marge des institutions, les démocrates contre-attaquent sur le terrain des idées. Ce soir à 18h30, Gregory Meeks exposera leur vision pour la politique étrangère américaine au Council on Foreign Relations.
Dans la matinée, le Centre Afrique du Conseil Atlantique, en partenariat avec le Centre de politique pour le Nouveau Sud (Maroc), tiendra une conférence sur la sécurité maritime dans le golfe de Guinée. Parmi les intervenants :
– Sidi Tiémoko Touré, ministre ivoirien des Ressources animales et halieutiques
– Maisie Pigeon, directrice de la Coalition pour la transparence des pêches
Entre pressions diplomatiques, sanctions, réformes financières et débats idéologiques, Washington façonne une nouvelle page de ses relations avec l’Afrique. Une semaine charnière, à fort potentiel de rupture, dans un climat de compétition mondiale accrue et de repli stratégique américain.
La Rédaction

