La Guinée est désormais la première nationalité africaine à demander l’asile en France, selon les chiffres 2024 de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra). Le pays a enregistré une hausse spectaculaire de 47,8 % du nombre de demandes d’asile en un an, atteignant 11 336 requêtes déposées en 2023.
Une répression qui pousse à fuir
Bien que la Guinée ne soit pas en guerre, elle se classe au troisième rang mondial des pays demandeurs d’asile en France, derrière l’Afghanistan et l’Ukraine. Un classement qui interpelle, d’autant plus que d’autres pays frappés par des crises extrêmes, comme Haïti ou le Soudan, arrivent plus loin.
L’explication est politique. Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, le pays est dirigé par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) du général Mamadi Doumbouya. L’Ofpra parle désormais d’un “blocus politique et démocratique”, alimenté par la répression des opposants et des figures de la société civile.
Militantisme ciblé, jeunesse découragée
Depuis plusieurs années, les demandeurs d’asile guinéens mentionnent les violences et arrestations visant les militants de l’UFDG, principal parti d’opposition, ainsi que les membres du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). La succession de régimes autoritaires et la fermeture progressive de l’espace démocratique rendent l’avenir incertain pour une grande partie de la population, en particulier les jeunes.
Une féminisation marquée des demandes
Le rapport de l’Ofpra souligne également une forte hausse des demandes déposées par des femmes guinéennes. Celles-ci évoquent des violences sexuelles, des persécutions liées au genre, ou des menaces dans le contexte de tensions communautaires et politiques. Cette tendance reflète l’aggravation d’un climat de peur où les femmes deviennent des cibles privilégiées.
Un exil nourri par la peur, non par la guerre
La Guinée traverse une crise institutionnelle profonde, sans effusion de sang sur les écrans, mais avec des milliers de départs aux frontières. L’exil ne dit pas toujours son nom, mais les chiffres de l’Ofpra en dressent la cartographie.
Entre espoirs étouffés et libertés confisquées, la jeunesse guinéenne ne croit plus à une alternance pacifique. Pour elle, l’Europe devient un horizon, et la France un refuge face à une répression qui ne faiblit pas.
La Rédaction

