Le centre de gravité de la présidentielle bissau-guinéenne s’est-il déplacé à Dakar ? Tandis que le climat politique reste crispé à Bissau, plusieurs figures majeures de la vie politique du pays se retrouvent au Sénégal, à commencer par le président sortant Umaro Sissoko Emballo, dont le mandat a expiré le 27 février dernier, mais qui continue de manœuvrer. Une coïncidence géographique qui en dit long sur les jeux de pouvoir en cours.
Une présidentielle fixée, un pays en suspens
Le scrutin présidentiel a été fixé au 30 novembre 2025 par Umaro Sissoko Emballo, dans une décision unilatérale qui continue de diviser. Alors que le pays traverse une crise institutionnelle, Emballo s’est rendu à Dakar à l’invitation du président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, pour participer aux célébrations du 65e anniversaire de l’indépendance du Sénégal. Une présence que ses partisans présentent comme la continuité d’une diplomatie régionale active, mais que l’opposition juge comme une tentative de se maintenir au centre du jeu, malgré la fin officielle de son mandat.
Un ex-président actif, un rival dans l’ombre, un autre en exil
Pendant qu’Emballo soigne son image internationale, Nuno Gomes Nabian, ancien Premier ministre et rival déclaré, est lui aussi aperçu à Dakar. Dans le même temps, Domingos Simões Pereira, ex-président de l’Assemblée, reste éloigné, replié à Lisbonne. Trois figures, trois trajectoires, et une même ambition : reprendre ou conquérir le pouvoir. Que ce soit calculé ou non, la capitale sénégalaise devient l’un des lieux d’observation les plus scrutés de la scène politique bissau-guinéenne.
Une invitation qui déclenche la foudre de l’opposition
L’opposition réunie au sein du Front Populaire, épaulée par les cinquante organisations membres de l’Espace de concertation des organisations de la société civile (EDC), a violemment dénoncé la présence d’Emballo à Dakar. Dans un communiqué virulent, elle accuse le président sénégalais d’avoir ouvert ses portes à un homme « sans mandat, sans légitimité, et aux méthodes brutales ». Une attaque frontale qui cible aussi un « agenda opaque » susceptible de porter atteinte aux relations entre les deux pays.
Le Sénégal dans une position délicate mais centrale
À travers cette séquence, Bassirou Diomaye Faye se retrouve malgré lui dans un rôle de pivot régional. Ironie du calendrier : Emballo avait, quelques semaines plus tôt, soutenu le processus de paix entre l’État sénégalais et le MFDC. Certains y voient un simple retour d’ascenseur diplomatique. D’autres, un positionnement stratégique du Sénégal, qui pourrait peser dans la résolution de la crise en Guinée-Bissau, à un moment où la CEDEAO semble en perte d’autorité, même si elle reste perçue comme légitime par une partie de la population bissau-guinéenne.
Un tournant diplomatique ?
À l’approche du scrutin, le paysage politique bissau-guinéen est encore flou. Mais une chose est certaine : Dakar est devenu, volontairement ou non, une scène périphérique où se joue déjà la prochaine élection. Entre jeux d’influence, calculs de légitimité et diplomatie parallèle, la présidentielle de novembre pourrait bien avoir commencé loin des urnes, à plusieurs centaines de kilomètres de Bissau.
La Rédaction

