L’évacuation des eaux usées ne suffit pas à garantir l’assainissement d’une ville. Encore faut-il disposer d’installations capables de recevoir et de traiter les déchets collectés. Dans le Grand Lomé, où l’urbanisation étend progressivement les besoins sanitaires vers la périphérie, les projets de stations à Djagblé et Aképé mettent en lumière une question essentielle : celle du devenir des boues de vidange après leur enlèvement des habitations.
Lorsqu’une fosse septique est vidangée, le problème paraît généralement résolu pour le ménage concerné. Pourtant, les matières collectées doivent encore être transportées, réceptionnées et traitées dans des conditions appropriées. Sans cette dernière étape, le risque sanitaire peut simplement être déplacé d’un quartier vers un autre.
Cette dimension de l’assainissement prend une importance particulière dans une agglomération comme le Grand Lomé, dont l’expansion territoriale accroît les besoins en infrastructures collectives. La gestion des déchets liquides ne peut donc plus être envisagée uniquement à l’échelle des habitations ou des opérations ponctuelles de curage.
Deux sites pour rapprocher le traitement des zones habitées
Le Plan directeur d’assainissement du Grand Lomé avait déjà identifié cette difficulté. Dans ses fiches d’investissement publiées en 2022, trois implantations étaient envisagées pour répartir géographiquement les flux de boues : Attiégou, Aképé et Djagblé.
À l’horizon 2035, les besoins prévisionnels de traitement étaient estimés à 950 m³ par jour pour Aképé et 900 m³ pour Djagblé. Ces chiffres constituent des hypothèses de planification, et non les capacités définitivement arrêtées pour les futures installations.
L’intérêt d’une telle répartition est également logistique. Multiplier les points de réception adaptés peut contribuer à réduire les distances parcourues par les camions de vidange et à mieux organiser l’acheminement des matières collectées. Encore faut-il que les infrastructures soient accessibles, suffisamment dimensionnées et intégrées au fonctionnement quotidien des opérateurs.
Une infrastructure ne suffit pas sans une filière organisée
C’est dans cette perspective qu’intervient le partenariat engagé avec la société hongroise Pureco. Le mémorandum signé le 22 janvier 2025 prévoit la conception et la construction de deux stations à Aképé et Djagblé, sous réserve de la confirmation des sites par les études techniques.
Le dossier est revenu dans les échanges entre les autorités togolaises et hongroises le 25 septembre dernier, à l’occasion d’une rencontre entre le Président du Conseil, Faure Gnassingbé, et l’ambassadeur Tamás Fehér Endre. Les deux parties ont réaffirmé leur volonté de faire avancer les projets.
Toutefois, la construction des stations ne représente qu’une partie de la réponse. Leur efficacité dépendra aussi de l’organisation de la collecte, du contrôle des déversements, des coûts supportés par les opérateurs et de la maintenance des équipements. Une installation performante sur le plan technique ne peut remplir durablement sa mission sans une filière de vidange structurée.
La santé publique au bout de la chaîne
Au-delà de la modernisation urbaine, le traitement des boues répond à un impératif environnemental. Une gestion inadaptée des matières fécales peut contaminer les sols et les ressources en eau, tout en exposant les populations à différents risques sanitaires.
L’enjeu est donc de considérer l’assainissement comme un service continu, depuis les installations domestiques jusqu’au traitement final des déchets. Cela suppose également de prévoir les moyens financiers et humains nécessaires à l’exploitation des stations, une fois les travaux achevés.
Pour le Grand Lomé, les projets de Djagblé et d’Aképé constituent ainsi une occasion de renforcer une composante essentielle, mais peu visible, de la santé publique. Leur réalisation devra désormais être accompagnée d’un calendrier opérationnel et de modalités précises de gestion.
Car une ville ne devient pas plus saine simplement parce que ses déchets ont quitté les habitations. Elle le devient lorsqu’elle dispose des moyens de les traiter correctement, sans reporter leurs conséquences sur d’autres populations.
La Rédaction
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