Pour consulter un dermatologue, faut-il nécessairement se rendre là où se trouve le spécialiste ? Au Togo, plusieurs années d’expérimentation de la télédermatologie apportent une autre réponse : former le soignant de proximité pour les affections courantes et lui permettre, face à un cas complexe, de solliciter à distance l’expertise d’un dermatologue. Les Assises africaines de dermatologie, achevées mardi à Lomé, ont remis en lumière cette transformation silencieuse de l’accès aux soins.
Une maladie de peau se voit, mais celui qui sait précisément l’identifier n’est pas toujours à proximité du malade. Cette contrainte géographique constitue l’un des problèmes auxquels la dermatologie africaine tente d’apporter des réponses, particulièrement lorsque les compétences spécialisées restent concentrées dans les grands centres urbains.
Au Togo, une partie de la réponse est expérimentée depuis plusieurs années à travers Téléder Togo. Le principe modifie le parcours traditionnel : plutôt que de déplacer systématiquement le patient vers le spécialiste, le système permet, dans certaines situations, de faire circuler l’expertise médicale.
Quand le spécialiste vient à distance
Le dispositif repose d’abord sur les professionnels déjà présents dans les structures périphériques. Ils sont formés à reconnaître et prendre en charge les dermatoses courantes. Lorsqu’un cas dépasse leurs compétences, des images cliniques et des informations médicales peuvent être transmises par une plateforme sécurisée aux dermatologues du CHU Sylvanus Olympio de Lomé, qui apportent leur expertise à distance.
Les résultats de la phase pilote donnent une première mesure de l’intérêt de cette organisation. Entre juin 2019 et octobre 2020, 52 agents de santé avaient été formés dans 20 structures périphériques et 4 060 patients reçus en consultation dermatologique. Selon le bilan du programme, 90 % des consultations avaient pu être conduites de manière autonome par les agents locaux, tandis que 738 cas avaient nécessité un recours à la plateforme de téléexpertise.
Ces chiffres appartiennent à la phase pilote et ne décrivent donc pas, à eux seuls, la situation actuelle. Ils montrent néanmoins l’intérêt du modèle : réserver l’expertise spécialisée aux situations qui la nécessitent réellement, tout en renforçant la capacité de prise en charge au plus près du patient.
Le programme a ensuite été étendu, avec l’objectif d’implanter la télédermatologie dans au moins 50 structures sanitaires périphériques des régions des Savanes, de la Kara, Centrale et des Plateaux.
La technologie ne remplace pas le soignant
C’est probablement l’un des enseignements les plus importants du modèle. La télédermatologie ne consiste pas simplement à envoyer une photographie par téléphone. Elle suppose un professionnel capable d’examiner le patient, de recueillir les informations nécessaires, d’identifier ce qu’il peut traiter et de savoir quand demander l’avis d’un spécialiste.
Le numérique devient ainsi un moyen de prolonger la compétence médicale plutôt qu’un substitut au médecin.
Cette logique dépasse désormais la seule dermatologie. Le Togo travaille depuis 2021 à la structuration d’une stratégie nationale de santé numérique et à la mise en place d’un Centre national de santé digitale. La télédermatologie figure parmi les premiers domaines concernés, aux côtés notamment de la télé-échographie pour le suivi maternel.
Les 4es Assises africaines de dermatologie, organisées les 14 et 15 septembre à Lomé par la Fondation Pierre Fabre et la Société togolaise de dermatologie et des infections sexuellement transmissibles, ont précisément permis de confronter ces expériences et d’examiner d’autres enjeux, de la dermatopathologie aux maladies tropicales négligées de la peau.
Après l’expérimentation, l’enjeu de la durée
Le prochain défi est moins spectaculaire que la technologie elle-même : faire fonctionner ces dispositifs dans le temps. Cela suppose des professionnels régulièrement formés, des équipements disponibles, une connexion suffisante, des spécialistes capables de répondre aux sollicitations et une organisation intégrée au système de santé.
La dermatologie illustre ainsi une question beaucoup plus large pour la santé togolaise. La couverture sanitaire ne dépend pas uniquement de l’existence d’une compétence médicale dans le pays, mais aussi de la possibilité d’y accéder sans que la distance devienne un obstacle disproportionné.
Trois jours après les Assises de Lomé, leur principal enseignement se trouve peut-être là. L’avenir de la dermatologie ne se jouera pas seulement dans les services spécialisés des grands hôpitaux. Il se jouera aussi dans la capacité à faire parvenir cette expertise jusqu’au centre de santé le plus éloigné, sans imposer au patient de parcourir lui-même toute la distance.
La Rédaction
Sources : (Fondation Pierre Fabre) ; Société togolaise de dermatologie et des infections sexuellement transmissibles ; ATOP ; Afriquinfos.

