Une identité numérique pensée comme outil de paiement
Au Ghana, les autorités préparent le déploiement d’une nouvelle génération de carte d’identité intégrant des fonctions de paiement, une évolution qui pourrait transformer en profondeur l’usage des services financiers dans le pays.
Portée par l’Autorité nationale d’identification (NIA), cette carte dite « portefeuille » vise à combiner identification biométrique, signature électronique et services bancaires dans un seul support. Elle permettrait d’effectuer des paiements en magasin et en ligne dans plus de 200 pays, mais aussi de retirer de l’argent.
L’objectif affiché est double : renforcer l’inclusion financière et réduire la dépendance aux transactions en espèces, encore largement dominantes dans l’économie ghanéenne.
Un levier pour formaliser l’économie
Dans un pays où une part importante des échanges reste informelle, cette innovation est présentée comme un outil de modernisation économique et de sécurisation des transactions.
Pour l’économiste Patrick Asuming, ce type de dispositif pourrait modifier l’architecture financière du pays en rendant l’activité économique plus traçable.
Il souligne également l’impact potentiel sur la politique monétaire et la fiscalité, dans un contexte où la circulation de liquidités hors du système bancaire limite la visibilité des flux économiques.
Des risques liés à la sécurité des données
Si les ambitions économiques sont importantes, la question de la sécurité des données constitue un point de vigilance majeur.
Les informations biométriques et financières intégrées dans ces systèmes pourraient devenir des cibles pour les cyberattaques ou des usages abusifs, notamment en l’absence de cadres réglementaires pleinement consolidés.
Selon plusieurs experts, le renforcement des protections juridiques et techniques sera déterminant pour garantir la confiance des utilisateurs et la viabilité du dispositif.
Un potentiel de croissance lié à l’identité numérique
Au-delà du Ghana, le développement des systèmes d’identité numérique est perçu comme un levier de croissance économique pour de nombreux pays africains.
Un rapport du groupe IN Groupe estime que ces infrastructures pourraient générer entre 3 % et 13 % de PIB supplémentaire dans certains États, en facilitant la modernisation des services publics et financiers.
Selon sa direction, ces technologies permettent à certains pays de franchir des étapes de développement technologique plus rapidement, dans un phénomène souvent décrit comme un « leapfrog » numérique.
Une dynamique déjà engagée sur le continent
Plusieurs pays africains ont déjà lancé ou déployé des systèmes similaires, notamment le Kenya, le Maroc, le Rwanda, le Nigeria ou encore l’Égypte.
D’après les estimations du secteur, environ un tiers des pays du continent disposent déjà d’une infrastructure d’identité numérique opérationnelle, tandis que d’autres sont en phase de déploiement.
La Rédaction

