Le climat social à Accra, la capitale du Ghana, est marqué par une montée de tensions, alors que les autorités ont arrêté 54 personnes lors d’une manifestation jugée illégale. Les manifestants, membres du mouvement Democracy Hub, dénoncent la mauvaise gestion du gouvernement concernant l’exploitation minière illégale, communément appelée galamsey. Cette activité a entraîné des dégâts environnementaux considérables à travers le pays.
Les jeunes activistes de Democracy Hub considèrent cette lutte comme cruciale pour leur avenir. L’un des manifestants arrêtés s’est exprimé : « Nous nous battons pour notre avenir. L’inaction du gouvernement face à la galamsey est une trahison. Si nous n’agissons pas, il ne restera plus rien pour les générations futures. »
Depuis des années, l’exploitation minière illégale constitue un défi majeur pour le gouvernement ghanéen. Les conséquences de cette activité incluent la pollution des rivières et la destruction de vastes zones forestières. Selon la Ghana Water Company Limited (GWCL), les rivières Pra, Ankobra et Birim ont été gravement contaminées par des substances toxiques comme le mercure et le cyanure, et plus de 392 000 hectares de forêts ont été ravagés.
Réactions face à la répression policière
L’arrestation des manifestants, sur fond d’une décision judiciaire ordonnant leur détention provisoire pour deux semaines, a provoqué des critiques virulentes. Des vidéos circulant en ligne montrent des manifestants bloquant des routes et brûlant des pneus, des actions que la police a qualifiées de troubles à l’ordre public. Toutefois, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une réponse policière disproportionnée.
John Dramani Mahama, leader du parti d’opposition Congrès national démocratique (NDC), a dénoncé ces arrestations : « La détention de ces manifestants est autoritaire et constitue une violation de leurs droits. La jeunesse du Ghana a le droit de protester pacifiquement contre des questions aussi cruciales que la destruction environnementale. » Il a appelé à la libération immédiate des détenus sous caution.
Le Centre ghanéen pour le développement démocratique (CDD-Ghana) a également critiqué la répression, affirmant que les brutalités policières contre des citoyens exerçant leur droit à manifester violaient la Constitution de 1992. « La police doit protéger, non persécuter les citoyens », a souligné Michael Augustus Akagbor, un responsable du CDD-Ghana.
Le mouvement « FreetheCitizens » prend de l’ampleur
La colère des Ghanéens s’est intensifiée sur les réseaux sociaux, où le hashtag #FreetheCitizens a rapidement gagné en popularité. Le YouTubeur influent Wode Maya a amplifié le mouvement avec un message viral, attirant l’attention tant des citoyens que des responsables politiques. Des Ghanéens vivant aux États-Unis ont également manifesté devant le siège des Nations Unies à New York, exigeant la libération immédiate des détenus.
Timothy Selikem Donkor, porte-parole d’un groupe d’avocats, a dénoncé le traitement infligé aux manifestants, évoquant des détentions sans nourriture ni accès à un avocat. « L’objectif de l’État n’est pas la justice, mais de punir et décourager toute future manifestation », a-t-il déclaré. Amnesty International Ghana a également réclamé une enquête indépendante sur la gestion des manifestations par la police.
Une opinion publique divisée
Bien que la répression des manifestants ait suscité une vague de soutien pour leur cause, certains responsables du gouvernement défendent les actions des forces de l’ordre. Salam Mustapha, membre du Nouveau Parti patriotique (NPP), a soutenu que les manifestants doivent assumer leurs actes. « Perturber l’ordre public n’est pas une solution dans une démocratie. Ceux qui enfreignent la loi doivent être tenus responsables », a-t-il déclaré.
Cette crise, au-delà de l’exploitation minière illégale, soulève des questions plus larges sur la gouvernance et l’État de droit au Ghana. « Ce n’est plus seulement une question de galamsey. C’est une tentative de réprimer la dissidence et de limiter l’engagement civique », a affirmé Noah Adamtey, avocat des manifestants.
Pour de nombreux observateurs, la réponse du gouvernement à ces manifestations constitue un test crucial pour la démocratie ghanéenne à l’approche des élections de 2024.
La Rédaction

