Dans cette ville des hauts plateaux algériens, le drapeau allemand flotte un peu partout, symbolisant l’espoir d’un avenir meilleur qui dure depuis des décennies. Cette passion pour l’Allemagne trouve ses racines dans les années 1970, lorsqu’un accord entre l’Algérie, désireuse de se distancer de l’influence coloniale française, et la RDA communiste, en quête de main-d’œuvre, a été signé. Un lien qui, bien que né dans le contexte tendu de la guerre froide, perdure aujourd’hui dans les esprits.
À Tiaret, une ville nichée aux portes du Sahara, à 230 kilomètres d’Oran, l’Allemagne est une terre promise. Cette ville de 900 000 habitants n’a pas connu l’opulence ni la célébrité, mais elle a connu un rêve : celui de l’Allemagne, évoqué à travers les souvenirs des émigrés qui, dans les années 1970, ont quitté leurs terres pour se rendre en République Démocratique Allemande. De nombreux jeunes y ont été formés aux métiers de la sidérurgie ou de la chimie et sont revenus enrichis non seulement matériellement, mais aussi culturellement.
Aujourd’hui, le rêve allemand est toujours vivant. Sur les gradins du stade où les supporters de la JSM Tiaret encouragent leur équipe locale, les drapeaux allemands flottent fièrement aux côtés des couleurs locales. Le bleu et blanc de la ville se mêle au noir, rouge et jaune de la Mannschaft, l’équipe nationale allemande. Dans les quartiers, les magasins diffusent des émissions en langue allemande, une réalité assez unique en Algérie.
Le rêve de cette jeunesse ne se tourne pas vers la France, mais vers les villes de Francfort, Stuttgart ou Berlin. Ces jeunes ont grandi en entendant parler des opportunités offertes par l’Allemagne : des droits, du travail, un logement. Les souvenirs des anciens, qui se sont formés en Allemagne de l’Est, nourrissent cette aspiration, d’autant plus forte que, sous le règne de Houari Boumédiène, la politique du pays a favorisé l’émigration vers l’Allemagne, tout en mettant fin à l’émigration vers la France en raison du climat de racisme et des conditions de travail difficiles.
L’Allemagne, dans l’imaginaire des habitants de Tiaret, reste ce symbole d’un avenir où les rêves semblent plus accessibles, loin des désillusions du passé colonial.
La Rédaction

