l’Organisation mondiale de la santé (OMS a lancé un appel solennel à ses États membres réunis en Assemblée annuelle. Son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, les exhorte à ratifier un accord « historique » sur la prévention, la préparation et la riposte face aux pandémies. Une avancée diplomatique majeure, mais assombrie par une crise budgétaire qui menace la survie même de l’institution.
Une promesse d’équité sanitaire mondiale
Après plus de trois ans de négociations, le texte a été finalisé par consensus le 16 avril. Il ambitionne de garantir un accès équitable aux vaccins, traitements et diagnostics lors des crises sanitaires mondiales. Il s’appuie sur le concept de « Une seule santé », qui relie les enjeux humains, animaux et environnementaux.
« Il s’agit véritablement d’un moment historique », a déclaré Tedros devant les délégations, saluant leur ténacité malgré les résistances.
Mais l’accord ne deviendra effectif qu’après sa ratification par 60 pays. D’ici 2026, des points sensibles devront encore être clarifiés, comme le mécanisme de partage des agents pathogènes et des bénéfices scientifiques (PABS), décisif pour assurer une coopération globale en cas d’alerte sanitaire.
L’OMS, victime d’un effondrement budgétaire
L’ambition affichée contraste violemment avec la situation financière de l’OMS. Pour la période 2024–2025, son budget accuse une baisse de 22 % par rapport aux prévisions initiales. À ce jour, seuls 60 % des fonds ont été réunis, laissant un déficit de 1,7 milliard de dollars.
Tedros a dénoncé l’incohérence des États donateurs, avec des chiffres-chocs :
« Deux milliards de dollars, c’est ce que coûte un bombardier furtif. C’est aussi ce que le monde dépense en armement toutes les huit heures. Et c’est un quart de ce que l’industrie du tabac investit pour vendre un produit qui tue. »
Pendant ce temps, dans les pays les plus vulnérables, la réduction des aides entraîne la fermeture de structures de santé, la suppression de postes de soignants et une explosion des frais médicaux à la charge des familles.
« De nombreux ministres m’ont dit que les réductions soudaines et importantes de l’aide bilatérale provoquaient de graves perturbations dans leurs pays », a-t-il alerté.
Une gouvernance mondiale en jeu
L’Assemblée mondiale de la santé se tient jusqu’au 27 mai. Plus de 75 points sont à l’ordre du jour, avec une quarantaine de résolutions attendues. Mais au-delà des textes, le véritable enjeu reste la volonté politique. Le monde a-t-il retenu les leçons du COVID-19 ou s’apprête-t-il à répéter les mêmes erreurs ?
« La situation actuelle ne devrait surprendre aucun d’entre nous. Elle se prépare depuis des années », a conclu Tedros.
L’OMS propose une vision, un cadre et un espoir. Mais sans moyens réels, cette architecture de prévention mondiale risque de s’effondrer à la première secousse. L’avenir de la santé planétaire dépend aujourd’hui de choix politiques urgents et concrets.
La Rédaction

