Des marches, des cris et une exigence claire : que le pouvoir en place cède la place.
À Port-au-Prince, la colère ne faiblit pas. Récemment, des dizaines de manifestants ont arpenté les hauteurs de la capitale haïtienne, brandissant des pancartes et scandant leur rejet du gouvernement et du Conseil présidentiel de transition. Dans une atmosphère tendue, les participants ont dénoncé l’insécurité galopante, la crise humanitaire et l’inaction du pouvoir.
« Nous avons besoin de sécurité, de nourriture, d’un toit, de soins de santé. Si vous ne pouvez pas assumer ces responsabilités, partez », a lancé l’artiste hip-hop A.T.R.O.S., en pointant du doigt l’inaction d’un Conseil présidentiel à sept têtes, incapable selon lui de répondre à l’urgence nationale.
Un pays rongé par la violence et la peur
Cette manifestation intervient au lendemain d’un autre rassemblement de grande ampleur, en hommage à plusieurs figures communautaires assassinées récemment par des gangs armés. Le premier trimestre 2025 illustre l’ampleur du désastre : plus de 1 600 morts et près de 600 blessés dans des attaques souvent d’une brutalité extrême.
Face à des bandes solidement implantées, parfois protégées par des politiciens et des membres de l’élite économique, la population tente de résister. En mars, un acte symbolique de bravoure a vu des civils, armés de bâtons et de machettes, reprendre une école catholique occupée par plus de 100 présumés membres de gangs. Mais ces éclairs d’espoir restent isolés.
L’État dépassé, l’aide étrangère insuffisante
La mission internationale menée par la police kényane peine à stabiliser la situation. Seulement 1 000 agents ont été déployés sur les 2 500 prévus, et les moyens restent limités. La Police nationale d’Haïti, quant à elle, se retrouve constamment en infériorité face aux gangs lourdement armés.
La désignation des groupes Viv Ansanm et Gran Grif comme « organisations terroristes étrangères » par les États-Unis vise à freiner leur influence. Viv Ansanm est une redoutable coalition, tandis que Gran Grif règne sur une large partie du centre du pays. Mais cette décision provoque des remous : plusieurs ONG redoutent un effet pervers, notamment un blocage de l’aide humanitaire dans des zones où l’accès dépend de négociations avec ces groupes armés.
Une urgence humanitaire toujours plus aiguë
Depuis le début de la crise, plus d’un million de personnes ont été déplacées. En 2024, plus de 5 600 personnes ont perdu la vie dans des violences liées à la criminalité. Les besoins en nourriture, en eau potable et en soins médicaux explosent, tandis que les institutions haïtiennes s’enfoncent dans l’incapacité à répondre.
En défilant, les manifestants ont lancé un message clair : Haïti ne peut plus attendre. L’heure est à la responsabilité, à la réforme en profondeur, et à la fin de l’impunité.
La Rédaction

