Le général Brice Oligui Nguema, président de la Transition gabonaise, a officiellement annoncé lundi 3 mars sa candidature à l’élection présidentielle prévue le 12 avril 2025. Cette décision marque un tournant décisif dans la vie politique du Gabon, près de deux ans après le coup d’État militaire qui a mis fin au règne de la famille Bongo, au pouvoir depuis plus de cinquante ans.
Une transition militaire aux ambitions politiques
Depuis qu’il a pris les rênes du pays en août 2023, le général Oligui Nguema a orchestré une transition caractérisée par une forte présence militaire dans les institutions. Sous sa direction, le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) a engagé plusieurs réformes structurelles, notamment l’adoption d’une nouvelle constitution et la révision du code électoral, ouvrant ainsi la voie à sa propre candidature.
La transition gabonaise s’est distinguée par une approche pragmatique des problèmes économiques et sociaux hérités de l’ère Bongo, mais également par un contrôle étroit des leviers du pouvoir par l’armée, suscitant des inquiétudes quant à la nature de la future gouvernance.
La controverse du double statut
La question du statut militaire d’Oligui Nguema cristallise les tensions politiques. Contrairement aux rumeurs qui ont circulé ces dernières semaines, la présidence a formellement démenti toute démission du général de ses fonctions militaires. Cette situation sans précédent soulève d’importantes questions constitutionnelles et éthiques sur la séparation des pouvoirs.
« Le maintien du général dans ses fonctions militaires tout en briguant la magistrature suprême représente une zone grise juridique que la nouvelle constitution ne semble pas avoir clairement anticipée, » explique un constitutionnaliste gabonais sous couvert d’anonymat.
L’opposition dénonce cette ambiguïté comme un signe de continuité avec les pratiques autoritaires du passé, remettant en question l’engagement du CTRI pour une véritable démocratisation du pays.
Les défis d’une légitimation par les urnes
En se présentant à l’élection présidentielle, Oligui Nguema cherche une légitimation populaire de son pouvoir initialement acquis par la force. Ce passage du statut de chef de la transition à celui de candidat n’est pas sans rappeler des situations similaires observées dans d’autres pays africains ayant connu des coups d’État récents.
Le général devra convaincre les Gabonais et la communauté internationale de sa capacité à garantir un processus électoral transparent et équitable, tout en répondant aux préoccupations concernant la militarisation persistante du pouvoir.
Perspectives pour l’avenir du Gabon
L’élection présidentielle du 12 avril s’annonce comme un test crucial pour l’avenir démocratique du Gabon. Si les réformes économiques initiées par le gouvernement transitoire ont été saluées par certains observateurs, les questions relatives à l’indépendance de la justice, à la liberté de la presse et à l’espace accordé à l’opposition politique demeurent préoccupantes.
Dans un pays riche en ressources naturelles mais marqué par de profondes inégalités, la capacité d’Oligui Nguema à proposer un projet de société inclusif et à garantir une véritable alternance politique sera déterminante pour son succès électoral et la stabilité future du pays.
La Rédaction

