Suspension générale des réseaux sociaux au nom de l’ordre public et de la cohésion sociale
Le Gabon a décidé, en début de semaine, de suspendre l’ensemble des réseaux sociaux sur son territoire. La mesure, annoncée par la Haute Autorité de la Communication (HAC), marque un tournant majeur dans la régulation de l’espace numérique du pays et ouvre une séquence inédite de restriction des plateformes digitales.
Une décision radicale prise par l’organe régulateur
Dans un communiqué officiel, le porte-parole de la HAC, Jean Claud Franck Mendome, a indiqué que la suspension entrait en vigueur « immédiatement » et ce, « jusqu’à nouvel ordre », sans précision quant à sa durée.
Réunie en séance plénière sous la présidence de Germain Ngoyo Moussavou, l’institution justifie cette décision par la multiplication de contenus jugés diffamatoires, haineux ou attentatoires à la dignité humaine. Elle évoque également des risques pour la cohésion sociale et la stabilité institutionnelle.
La mesure s’appuie sur la loi n°019/2016 du 9 août 2016 portant Code de la communication, cadre juridique invoqué pour encadrer l’intervention de l’autorité de régulation.
Désinformation et dérives numériques en ligne de mire
Selon la HAC, les plateformes numériques seraient devenues le théâtre de campagnes de désinformation, de cyberharcèlement, de doxing et de dénigrement systématique. Les autorités estiment que ces pratiques compromettent l’ordre public et nécessitent une réponse ferme.
Tout en réaffirmant que la liberté d’expression demeure garantie au Gabon, l’organe de régulation souligne que celle-ci ne saurait s’exercer en violation des lois en vigueur.
Une mesure proportionnée ?
Si la lutte contre les abus numériques relève des prérogatives souveraines de l’État, la suspension générale des réseaux sociaux soulève des interrogations quant à sa proportionnalité. Une telle décision impacte directement l’accès à l’information, les activités économiques liées au numérique et les communications interpersonnelles.
Au-delà des enjeux sécuritaires, cette coupure pourrait également peser sur l’image internationale du Gabon en matière de gouvernance numérique et de respect des libertés fondamentales.
L’enjeu pour les autorités sera désormais de démontrer que cette suspension s’inscrit dans un cadre légal strict, limité dans le temps et accompagné de mécanismes pérennes de régulation, capables de concilier maintien de l’ordre public et garanties démocratiques.
La Rédaction

