Quatre ans après avoir occupé la même place au FESPACO 2023, le Togo sera de nouveau le pays invité d’honneur du grand rendez-vous du cinéma africain. Du 20 au 27 mars 2027, Ouagadougou lui offrira ainsi une exposition privilégiée pour la 30e édition du festival. Mais cette deuxième invitation rapproche aussi deux dates qui racontent une autre histoire : entre 2023 et 2027, le cinéma togolais est censé être passé de la recherche d’un cadre à la construction d’une véritable industrie. Le FESPACO pourra donc servir autant de vitrine que de révélateur.
Le choix a été annoncé à l’issue du Conseil des ministres burkinabè du 24 septembre. Selon les autorités du Burkina Faso, il doit renforcer les liens entre les deux pays, favoriser les échanges professionnels et participer au rayonnement des cinémas africains. L’édition 2027 aura pour thème « Cinéma d’Afrique et développement endogène ».
Pour le Togo, cette thématique tombe à un moment particulier. Depuis plusieurs années, le pays cherche précisément à faire du cinéma autre chose qu’une succession de productions individuelles dépendantes des moyens disponibles et des opportunités extérieures.
Entre 2023 et 2027, quatre années à mesurer
Lorsque le Togo était déjà invité d’honneur en 2023, sa présence à Ouagadougou était substantielle. Une délégation de 25 professionnels avait fait le déplacement, deux œuvres togolaises étaient en compétition, deux autres hors compétition et plusieurs professionnels participaient aux jurys. Le pays disposait également d’un stand au Marché international du cinéma africain, le MICA.
L’enjeu de 2027 sera donc différent. Une deuxième invitation ne peut plus être lue uniquement comme une reconnaissance symbolique. Elle intervient après plusieurs années de réformes censées donner au cinéma togolais les instruments nécessaires à sa structuration.
Le Code du cinéma et de l’image animée, adopté en septembre 2021, a posé une partie de cette architecture. Ses 227 articles prévoient notamment un Centre national du cinéma et de l’image animée, une cinémathèque et un Fonds national de soutien à l’industrie cinématographique et audiovisuelle, le FONSICA.
Mais créer les institutions sur le papier ne produit pas automatiquement des films.
Le financement, véritable passage à l’industrie
C’est précisément sur ce terrain que 2026 marque une étape importante. En février, le ministère de la Culture a réuni producteurs, réalisateurs, scénaristes et techniciens pour accélérer l’opérationnalisation du FONSICA. Un comité mixte a été mis en place afin de travailler notamment sur sa gouvernance, la mobilisation des ressources et les mécanismes d’attribution des financements.
Cette évolution touche au cœur du problème. Une industrie cinématographique ne repose pas seulement sur des talents ou des récompenses. Elle suppose une chaîne capable de financer l’écriture, produire, former des techniciens, assurer la postproduction, distribuer les œuvres et leur trouver des publics.
Le Togo a déjà démontré qu’il pouvait faire émerger des créations remarquées. En 2021, Akplokplobitod’Ingrid Agbo avait remporté au FESPACO le prix du meilleur film d’animation. Deux ans plus tard, plusieurs productions togolaises avaient retrouvé les écrans de Ouagadougou. Le défi consiste désormais à faire de ces réussites moins des exceptions que les manifestations régulières d’un écosystème.
À Ouagadougou, passer de la vitrine au marché
C’est là que le statut d’invité d’honneur peut prendre une dimension beaucoup plus concrète. Le FESPACO n’est pas seulement un festival de projections et de récompenses. Son MICA met en relation producteurs, distributeurs, diffuseurs et porteurs de projets africains. Le Togo l’utilisait déjà en 2021 pour présenter son cinéma et rechercher davantage de compétitivité internationale.
En mars 2027, l’enjeu sera donc autant derrière les écrans que devant eux : coproductions, financements, circulation des œuvres, acquisition de droits, partenariats professionnels et visibilité des nouveaux projets.
Il reste d’ailleurs trop tôt pour confondre le statut d’invité d’honneur avec une performance artistique : la sélection des films togolais appelés à concourir en 2027 n’a pas encore été annoncée. L’honneur accordé au pays et la sélection officielle répondent à deux logiques distinctes.
C’est précisément ce qui rend le rendez-vous intéressant. Quatre ans après avoir été accueilli au même rang, le Togo reviendra à Ouagadougou avec davantage qu’un drapeau à montrer. Le véritable bilan du FESPACO 2027 se lira dans les films présents, mais aussi dans la capacité du cinéma togolais à transformer cette visibilité continentale en productions, contrats et nouveaux publics.
La Rédaction
Sources : FESPACO ; gouvernement burkinabè ; ministère togolais de la Culture ; ATOP.

