Dans l’ombre des institutions et des discours sur les droits humains, certaines femmes vivent un enfer silencieux. Victimes de violences, migrantes en situation irrégulière, travailleuses du sexe ou cumulant des discriminations multiples, elles se heurtent à une double injustice : celle des agressions qu’elles subissent et celle d’un système qui leur tourne le dos. Pour elles, dénoncer leurs bourreaux est souvent un acte plus risqué que salvateur, une démarche qui peut aggraver leur vulnérabilité.
Nombre d’entre elles viennent d’Afrique, fuyant la pauvreté, les conflits ou des violences déjà vécues dans leur pays d’origine. Ce parcours migratoire, marqué par l’exploitation et les abus, ne les épargne pas une fois arrivées en Europe. Ces femmes, parmi les plus exposées aux violences, sont aussi les moins protégées. Selon un rapport récent d’Amnesty International, les migrantes africaines, tout comme les travailleuses du sexe, font face à une défiance systématique lorsqu’elles osent briser le silence. Les chiffres sont glaçants : une enquête menée par le collectif féministe #NousToutes révèle que plus d’une victime sur deux s’est heurtée à un refus de dépôt de plainte ou a été découragée d’entamer cette procédure.
Pour les migrantes sans papiers, franchir les portes d’un commissariat ou d’une gendarmerie s’apparente à marcher sur un fil : elles risquent non seulement d’être ignorées, mais aussi de subir des représailles administratives. Selon la Cimade, depuis janvier 2023, 17 personnes victimes de violences ont été placées en rétention administrative après avoir sollicité l’aide des forces de l’ordre. Ces expulsions silencieuses traduisent une mécanique implacable où demander justice devient une condamnation supplémentaire.
Le sort des femmes demandeuses d’asile, dont beaucoup viennent également d’Afrique, est tout aussi dramatique. Une étude publiée en 2023 par The Lancet et l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille révèle que 25 % de ces femmes ont été victimes de violences sexuelles dans l’année suivant leur arrivée en France. Pire encore, 75 % avaient déjà subi de telles violences avant même de trouver refuge. Ces chiffres, alarmants, pointent une réalité que les politiques migratoires peinent à reconnaître.
Les travailleuses du sexe, parmi lesquelles on compte aussi de nombreuses femmes d’Afrique, subissent des agressions à une échelle disproportionnée. Selon une étude de la Miprof en 2015, 38 % d’entre elles ont été victimes de viol au cours de leur vie, contre 6,8 % dans la population féminine générale. À cette brutalité s’ajoute un système légal qui, au lieu de les protéger, accentue leur précarité et les enferme dans une spirale de stigmatisation et d’insécurité.
Avocates, associations et survivantes dénoncent cette double peine : non seulement ces femmes sont invisibilisées par la société, mais elles sont également abandonnées par un système censé les défendre. Les dispositifs législatifs, souvent inadaptés, laissent place à une méfiance généralisée, où chaque tentative de chercher de l’aide devient une épreuve supplémentaire.
Face à ces injustices criantes, il est urgent de reconsidérer les priorités. Ces femmes, malgré les violences et le rejet qu’elles endurent, ont le droit fondamental d’être protégées et entendues. Une société juste ne peut exister tant que les plus vulnérables sont sacrifiées sur l’autel de la bureaucratie et de l’indifférence.
La Rédaction

