Ils ont porté l’uniforme, servi leur pays et souvent voté pour lui. Mais aujourd’hui, certains anciens combattants américains se sentent trahis par Donald Trump. Le président républicain cible désormais un pilier de son électorat avec ses coupes budgétaires.
Dans les bars de la Légion américaine, de Baltimore à Phoenix, les murs affichent la gloire d’une armée qui ne laisse personne derrière. Pourtant, les vétérans, eux, semblent aujourd’hui en passe d’être oubliés. Le ministère des Anciens combattants (Department of Veterans Affairs), longtemps épargné, n’échappe plus aux restrictions budgétaires imposées par Donald Trump dans sa logique de rigueur et de réorientation des finances fédérales.
Une base électorale historiquement acquise
Aux États-Unis, les anciens combattants représentent environ 18 millions de personnes, soit près de 6 % de la population adulte. Une force démographique, mais aussi politique. Longtemps perçus comme un bastion conservateur, près de 60 % d’entre eux ont voté Trump en 2024, selon le Pew Research Center. L’homme fort du Parti républicain a su séduire par son discours musclé, son culte du drapeau, et ses promesses de réinvestir dans l’armée. Mais le vernis commence à s’écailler.
Des coupes qui inquiètent les vétérans
La réduction des budgets alloués aux soins, aux pensions, et aux programmes de soutien psychologique soulève une inquiétude croissante chez ceux qui, comme Michael McCale, 77 ans, ont servi mais ne se reconnaissent plus dans le discours de Trump. « Il parle mal de l’armée et ne l’a même pas faite », déplore-t-il, attablé au Post 19 de la Légion américaine, à Baltimore. Pour beaucoup, cette remarque traduit un sentiment d’abandon.
Un calcul politique risqué
Si les anciens combattants restent attachés aux valeurs conservatrices — ordre, nation, sacrifice — ils sont aussi sensibles à la reconnaissance de leur engagement. En s’attaquant à leurs acquis, Trump prend le risque de fissurer un soutien historique. D’autant que dans les États-clés comme la Pennsylvanie, l’Arizona ou le Michigan, les vétérans pèsent lourd dans les urnes.
Mémoire et loyauté à l’épreuve du réel
Les fanions de régiments, les articles de presse encadrés, les photos de camarades tombés au combat racontent une mémoire vivante, à laquelle l’ancien président semble tourner le dos. Pour certains vétérans, le lien affectif avec Trump s’effrite. D’autres, par loyauté, continuent de croire en un “mal nécessaire” pour redresser l’Amérique.
Mais à quelques mois d’une nouvelle élection cruciale, le malaise grandit. Et si Trump continue d’ignorer les attentes de ceux qui l’ont si souvent soutenu, il pourrait découvrir qu’en politique aussi, on ne gagne pas en trahissant les siens.
La Rédaction

