Arrivé dimanche soir au Caire pour une visite officielle de 48 heures, Emmanuel Macron a débuté son déplacement par une séquence symbolique et chaleureuse. Accueilli par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le chef de l’État français s’est offert une visite privée du Grand Musée égyptien avant de se mêler à la foule dans les allées animées du souk Khan al-Khalili. Cette entrée en matière, empreinte de proximité et de culture, contrastait avec les enjeux diplomatiques qui allaient dominer la journée du lendemain.
Un front commun avec l’Égypte et la Jordanie
Lundi, c’est un ton plus solennel qu’Emmanuel Macron a adopté pour dérouler la position française sur la crise gazaouie. Lors d’un sommet au Caire avec le président égyptien et le roi Abdallah II de Jordanie, il a apporté son soutien clair au plan arabe porté par ces deux voisins de la bande de Gaza. Élaborée par l’Égypte, cette initiative prévoit une reconstruction progressive du territoire palestinien sans déplacement de population, ni présence future du Hamas à sa tête.
« Nous nous opposons fermement aux déplacements de populations et à toute annexion de Gaza comme de la Cisjordanie », a affirmé le président français, évoquant une menace directe pour la stabilité régionale. Une déclaration adressée autant à Israël qu’aux États-Unis, où le projet porté par Donald Trump continue d’alimenter l’inquiétude. Début février, l’ancien président américain avait évoqué une possible prise de contrôle de Gaza par les États-Unis, transformant le territoire en zone touristique, et envisageant le transfert de ses habitants vers l’Égypte ou la Jordanie – une hypothèse que Le Caire et Amman rejettent catégoriquement.
Une ligne de fermeté contre le Hamas
Si la France s’aligne sur la position arabe pour éviter un nouvel exode forcé des Gazaouis, elle n’en reste pas moins ferme sur la question du Hamas. « Le Hamas ne doit avoir aucune part à cette gouvernance, ne doit plus constituer une menace pour Israël », a insisté Emmanuel Macron. Paris rejoint ici les exigences américaines et israéliennes sur la sécurité, tout en soutenant un retour progressif de l’Autorité palestinienne à Gaza, absente du territoire depuis 2007.
La diplomatie française souhaite renforcer cette initiative arabe sur deux axes clés : la gouvernance post-conflit et la stabilisation sécuritaire. Objectif affiché : proposer une alternative crédible et soutenable au projet Trump, sans céder aux logiques de rupture unilatérale.
Un volet humanitaire en préparation
Alors que les frappes israéliennes ont repris depuis le 18 mars, après deux mois de trêve, Emmanuel Macron a dénoncé un « recul dramatique » de la situation sur place. Mardi, il se rendra dans la ville d’El-Arich, à 50 kilomètres du point de passage de Rafah, aujourd’hui bloqué. Ce déplacement, aux côtés du président al-Sissi, mettra en lumière l’urgence humanitaire dans la bande de Gaza, où 2,4 millions d’habitants sont en situation de détresse.
Le chef de l’État y rencontrera des représentants d’ONG françaises, d’agences de l’ONU, du Croissant-Rouge égyptien ainsi que, potentiellement, des bénéficiaires palestiniens de l’aide humanitaire. Il appellera à la « réouverture des points de passage » pour permettre la reprise de l’acheminement du fret humanitaire, interrompu depuis un mois.
Vers une reconnaissance de l’État palestinien ?
Cette séquence égyptienne s’inscrit dans une perspective plus large : Emmanuel Macron organise en juin à l’ONU, avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, une conférence internationale sur la solution à deux États. Selon des sources diplomatiques, ce rendez-vous pourrait offrir à la France le moment propice pour reconnaître officiellement un État palestinien, à condition qu’un consensus international commence à émerger.
Entre geste politique fort et diplomatie de l’équilibre, Paris tente ainsi de maintenir un cap : préserver la stabilité régionale, garantir les droits des Palestiniens, tout en rassurant ses partenaires stratégiques. Une position délicate, mais que la France entend incarner, depuis Le Caire, avec constance et conviction.
La Rédaction

