Après l’USAID, une autre pièce maîtresse de l’aide américaine au développement disparaît. Le Millennium Challenge Corporation (MCC), bras économique de la diplomatie américaine, ferme ses portes, laissant l’Afrique sans l’un de ses alliés financiers majeurs. Une décision lourde de conséquences.
C’est une annonce discrète mais dévastatrice : le Millennium Challenge Corporation (MCC), créé en 2004 sous la présidence Bush, cesse ses activités. Le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), dirigé depuis peu par Elon Musk, a tranché. Dans un pays obsédé par la réduction des dépenses fédérales, l’aide au développement est la nouvelle variable d’ajustement.
Une fermeture qui sonne comme un désaveu
En deux décennies, le MCC aura investi plus de 17 milliards de dollars dans les pays en développement. Sa mission : financer des projets structurants – routes, réseaux électriques, systèmes d’irrigation – conditionnés à des critères stricts de gouvernance, de lutte contre la corruption et de transparence. Une formule pensée pour récompenser les “bons élèves” du développement.
Mais aujourd’hui, sur le site officiel du MCC, le message d’adieu ressemble à une épitaphe : « Le MCC contribue à la sécurité, la force et la prospérité du peuple américain grâce à des investissements qui favorisent la croissance et la stabilité dans le monde entier. » Ironie amère pour une institution qui tire sa révérence à l’heure où ces investissements sont justement les plus cruciaux.
L’Afrique perd un partenaire de poids
Sur le terrain, l’arrêt du MCC est un séisme. Le Sénégal, par exemple, bénéficiait d’un second programme de 600 millions de dollars pour moderniser son secteur énergétique. Suspendu. En Côte d’Ivoire, les projets d’accès à l’eau potable et d’éducation technique sont gelés. En Mauritanie, les infrastructures rurales ne verront pas le jour. Et ce ne sont pas que des chiffres : ce sont des écoles, des hôpitaux, des centrales, des ponts qui ne seront jamais construits.
Ces fonds venaient souvent compléter des budgets nationaux déjà serrés. Ils permettaient aux États de financer des politiques ambitieuses dans des secteurs stratégiques. Leur retrait brutal expose ces pays à des retards majeurs, à la révision forcée de leurs priorités, voire à l’abandon pur et simple de certains projets.
Une décision à contretemps
Cette décision américaine survient à contre-courant d’une dynamique mondiale qui reconnaît la nécessité d’investissements massifs dans les infrastructures des pays du Sud. Tandis que les défis climatiques, démographiques et sécuritaires s’intensifient, l’arrêt du MCC fait figure de désengagement volontaire.
Côté américain, plus de 300 agents fédéraux, pour la plupart basés à Washington, perdront leur emploi. Mais c’est à l’échelle géopolitique que la perte est la plus symbolique : celle d’un levier d’influence, de coopération, et de présence dans des zones où l’Amérique tentait encore de faire jeu égal avec les puissances montantes.
Et maintenant ?
La fermeture du MCC laisse un vide. Pour les pays africains concernés, il faudra chercher ailleurs. Certains se tourneront vers des bailleurs multilatéraux. D’autres vers des partenaires bilatéraux aux conditions moins exigeantes. Mais aucun ne reproduira exactement le modèle MCC, mêlant rigueur, partenariat et soutien financier de long terme.
Quant aux États-Unis, ils devront faire face à une évidence : on ne se retire pas impunément de la scène du développement. Car pendant qu’ils se replient, d’autres avancent.
La Rédaction

