Alors que des cessez-le-feu ont été promis à Washington puis à Doha, la réalité du terrain en République démocratique du Congo révèle tout autre chose. Le rapport intermédiaire du Groupe d’experts des Nations unies, consulté avant publication, décrit une guerre qui se radicalise, alimentée par une double hypocrisie diplomatique : Kigali soutiendrait militairement l’AFC/M23, tandis que Kinshasa continuerait d’entretenir des liens avec les FDLR, pourtant officiellement condamnés.
Un document qui risque de raviver les tensions entre Kinshasa, Kigali et Goma.
Rwanda et AFC/M23 : un soutien militaire assumé sur le terrain, mais nié diplomatiquement

Selon le rapport, entre 6 000 et 7 000 militaires rwandais seraient toujours actifs dans les Kivu. Ces troupes incluraient forces spéciales, réservistes et unités équipées de systèmes sophistiqués, notamment de brouillage électronique. Les experts affirment avoir identifié la Rwanda Defence Force (RDF) jusque dans la police de l’AFC/M23.
Depuis avril 2025, l’armée rwandaise aurait mené des opérations conjointes avec l’AFC/M23, officiellement pour neutraliser les FDLR. Mais ces offensives n’auraient touché ni les chefs du mouvement, ni ses réseaux logistiques majeurs. Plus encore, l’alliance AFC/M23-RDF s’étend désormais jusqu’au Sud-Kivu, avec contrôle de zones minières stratégiques et soutien direct au mouvement MRDP-Twirwaneho, ce qui renforce leur accès aux ressources permettant de financer l’insurrection.
Kigali et l’AFC/M23 démentent fermement ces accusations, mais le rapport évoque des preuves documentées.
Kinshasa et les FDLR : une coopération que l’État promet de combattre mais continue d’utiliser
Face à l’avancée des troupes pro-AFC/M23, Kinshasa s’appuie sur les VDP/Wazalendo, milices de « volontaires » devenues forces auxiliaires des FARDC. Le document affirme qu’en dépit des déclarations officielles, les FDLR restent un partenaire de terrain, notamment dans Masisi, Rutshuru, Nyiragongo, Walikale et aux abords de Goma.
Depuis juin 2025, les Wazalendo et les FDLR mèneraient embuscades et incursions coordonnéescontre l’AFC/M23 afin de perturber leurs lignes d’approvisionnement.
Le rapport révèle également un épisode révélateur : lorsque l’armée congolaise a exigé publiquement le désarmement des FDLR en octobre, la décision a provoqué des tensions internes, au point que certains responsables auraient discrètement rassuré les FDLR du maintien de leur coopération.
Une paix négociée, une guerre entretenue
Ce rapport montre un paradoxe glaçant : la diplomatie promet l’apaisement, mais le terrain consacre l’engrenage. Kigali nie toute présence militaire en RDC, Kinshasa nie tout soutien aux FDLR. Pourtant, les deux capitales semblent maintenir des alliances officieuses, chacune justifiant sa stratégie par la menace de l’autre. Au bout de ces mensonges croisés, un seul constat demeure : les populations civiles de l’Est paient l’impasse diplomatique avec leur insécurité quotidienne.
La Rédaction

